Prévisions EUR/CHF : l'euro remonte à 0.9311 après sa chute du 2 octobre (Octobre 2026)
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Par Brice DELHOME
- Taux actuel : l'EUR/CHF remonte à 0.9311 au taux de référence BCE du 5 octobre, en hausse de 0,3 % par rapport au 2 octobre. Ce jour-là, il était tombé à 0.9279, en recul de 1,7 % d'un taux de référence à l'autre — sa plus forte baisse en une séance depuis juin 2022 — et à son plus bas niveau depuis le 22 juillet. Le 30 septembre encore, il touchait 0.9478, son plus haut de l'année. Nous maintenons le corridor à 0.9150 – 0.9400.
- Les faits nouveaux : selon Reuters, l'écart de rendement entre emprunts d'État français et allemands à dix ans a franchi 150 points de base le 2 octobre, une première depuis fin 2011, puis est revenu à 141 points le 5. L'agence de notation Moody's juge loin d'être certain qu'un compromis puisse être trouvé au Parlement sur le budget pour 2027. Le 2 octobre, l'inflation de la zone euro était ressortie à 3,8 % en septembre (Eurostat), sans retenir l'euro.
- La BNS, le 24 septembre : taux maintenu à 0 %, prévisions d'inflation relevées à 0,7 % pour 2026 et 0,8 % pour 2027 et 2028, sans aucun relèvement de taux en vue. Elle attribue la baisse du franc à l'écart de taux avec l'étranger, qui atteint 2,50 points face à l'euro depuis le 16 septembre.
- Pour le frontalier : un salaire de 5'000 CHF vaut environ 5'370 € au taux de référence du 5 octobre, soit +121 € par mois par rapport à la moyenne 2024 — contre +140 € le 2 octobre, +26 € le 30 septembre, plus bas niveau de l'année de cet avantage, et +302 € en mars. L'avantage représente environ 40 % de celui de mars.
- La stratégie : attendre du 30 septembre au 2 octobre a rapporté environ 114 € sur 5'000 CHF ; attendre du 2 au 5 octobre en a coûté environ 19. Convertir par tranches régulières évite de parier sur l'un ou l'autre sens.
Sommaire de ce guide :
Flash Marché : situation au 5 octobre 2026
L'euro reprend un peu de terrain après sa chute. La paire EUR/CHF remonte à 0.9311 selon le taux de référence publié par la BCE le 5 octobre, en hausse de 0,3 % par rapport au 2 octobre. Ce jour-là, elle était tombée à 0.9279, en recul de 1,7 % par rapport à la veille (0.9437) — sa plus forte baisse en une séance depuis le 16 juin 2022 — et de 2,1 % par rapport à son plus haut de l'année, 0.9478, touché le 30 septembre ; c'était son plus bas niveau depuis le 22 juillet (0.9268). Le rebond accompagne un léger reflux de la tension sur la dette française : selon Reuters, l'écart de rendement entre emprunts d'État français et allemands à dix ans, qui avait franchi 150 points de base le 2 octobre pour la première fois depuis fin 2011, est revenu à 141 points le 5, l'emprunt français rapportant 4,87 % et le Bund 3,46 %. Le reflux reste partiel : selon l'agence de notation Moody's, citée par Reuters, il est loin d'être certain qu'un compromis puisse être trouvé au Parlement sur le projet de budget pour 2027. Côté énergie, le président du Parlement iranien a déclaré le 4 octobre que le détroit d'Ormuz ne rouvrirait pas tant que les sept conditions posées par Téhéran ne seraient pas remplies, et le Brent se traitait autour de 102,50 dollars le 5. Le franc a aussi reculé face au dollar, à 0,8310 contre 0,8266 le 2 octobre, selon le croisement des taux de référence de la BCE.
Loin d'être un simple épiphénomène spéculatif, la trajectoire du franc suisse reflète des divergences macroéconomiques profondes entre la Suisse et la zone euro. La seconde quinzaine de septembre en a isolé le mécanisme ordinaire : le franc suit les écarts de taux avec l'étranger, et ceux-ci suivent désormais le prix de l'énergie. Quand le pétrole a reculé sur l'espoir d'une désescalade au Moyen-Orient, l'euro a rendu 0,8 % en quatre séances, jusqu'à 0.9390 le 23 ; quand Washington a rejeté la proposition iranienne et que le pétrole est reparti à la hausse, il a regagné 0,9 % en cinq séances, jusqu'à 0.9478 le 30. Le début d'octobre en a rappelé un autre, plus ancien : quand la dette d'un grand État de la zone euro inquiète, le franc retrouve son rôle de refuge, même avec un pétrole en hausse et une BCE qui resserre. Pour les travailleurs frontaliers et les expatriés, la conséquence est concrète : un salaire de 5'000 CHF converti le 5 octobre rapporte encore environ 95 euros de plus que le même salaire converti le 30 septembre, après en avoir rendu environ 19 depuis le 2. Vous pouvez suivre l'évolution en direct sur notre convertisseur CHF/EUR en temps réel.
Quels facteurs font bouger la paire EUR/CHF à l'automne 2026 ?
La valorisation actuelle de l'euro, sortie par le bas le 2 octobre du corridor de 0.9330 à 0.9500 où elle évoluait depuis le 24 septembre, puis remontée à 0.9311 le 5, repose sur quatre forces que tout cambiste se doit de surveiller en cet automne 2026 — deux qui poussent l'euro, deux qui le retiennent —, auxquelles s'ajoute une carte des niveaux techniques redessinée par le plus haut du 30 septembre et la chute du 2 octobre.
1. L'exception helvétique : une croissance confirmée, une inflation qui se réveille, une BNS qui ne bouge pas
Le 3 septembre 2026, le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) a publié son estimation détaillée du produit intérieur brut, et elle confirme l'estimation rapide du 14 août : l'économie suisse a progressé de 1,5 % au deuxième trimestre, corrigé des événements sportifs, après +0,5 % au premier. C'est la plus forte croissance trimestrielle depuis le troisième trimestre 2021, et la révision est allée dans le bon sens plutôt que dans le mauvais. Le moteur est confirmé : l'industrie chimique et pharmaceutique — premier secteur exportateur du pays — rebondit de 10,5 %, le secteur secondaire dans son ensemble progresse de 3,9 % et l'industrie manufacturière de 4,5 %. Surtout, la publication détaillée apporte une information que l'estimation rapide ne donnait pas : après un début d'année morose, la demande intérieure repart. La croissance n'est donc pas seulement importée par la pharma.
Une précaution demeure : il s'agit largement d'un rattrapage après les trimestres faibles de 2025, et rien ne garantit ce rythme au second semestre. Mais l'un des piliers narratifs du rebond estival de l'euro — une Suisse en panne, une zone euro qui redémarre — ne tient plus. Le marché de l'emploi le confirme d'ailleurs sans excès d'optimisme : le SECO a publié le 7 septembre un taux de chômage stable à 3,0 % en août, avec 141'544 personnes inscrites, en hausse de 1,6 % sur un mois et de 7,1 % sur un an. Le chômage des jeunes de 15 à 24 ans monte à 3,4 %, le nombre d'inscrits de cette tranche d'âge progressant de 19,4 % sur un mois — une hausse qui correspond au pic saisonnier des fins d'apprentissage et des sorties d'études.
Côté prix, le chiffre d'août avait changé la donnée de départ de la BNS, et celui de septembre a confirmé cette tendance. Le 3 septembre 2026, l'Office fédéral de la statistique a publié un indice des prix à la consommation en hausse de 0,8 % sur un an en août, contre 0,4 % en juillet, et de 0,4 % sur un mois après un recul de 0,1 % le mois précédent. C'est la progression annuelle la plus forte depuis août 2024, et elle dépasse nettement le consensus, qui attendait 0,5 %. Il faut cependant lire le détail avant de conclure : l'inflation sous-jacente ne monte qu'à 0,4 %, les services restent la composante la plus stable à 1,0 %, et les biens repassent tout juste en territoire positif à 0,4 % après une baisse de 0,5 % en juillet. Autrement dit, la remontée est largement importée par l'énergie, exactement comme dans la zone euro, mais avec une amplitude quatre fois moindre grâce à la cherté du franc. Source : Office fédéral de la statistique, IPC d'août 2026 publié le 3 septembre 2026.
Le 1er octobre 2026, l'Office fédéral de la statistique a publié l'indice de septembre : 1,0 % sur un an, contre 0,8 % en août, et une stabilité sur le mois. Le chiffre est conforme au consensus, et sa composition prolonge le diagnostic d'août : les produits pétroliers progressent de 31,2 % sur un an — le mazout de 8,2 %, le diesel de 4,4 % et l'essence de 3,3 % sur le seul mois de septembre —, les produits importés de 2,1 %, tandis que les produits indigènes ne gagnent que 0,7 % et que l'inflation sous-jacente passe à peine de 0,4 % à 0,5 %. Source : Office fédéral de la statistique, IPC de septembre 2026 publié le 1er octobre 2026.
Pour la BNS, ces chiffres ne déclenchent rien à court terme — 1,0 % reste dans la fourchette de stabilité des prix de 0 à 2 % —, et elle n'a pas réagi à celui d'août. Ils rendent en revanche très improbable, à horizon visible, un retour du taux directeur en territoire négatif, hypothèse qui circulait encore au printemps. Une économie qui rebondit et une inflation qui remonte sans excès, c'est la configuration dans laquelle une banque centrale attend — et c'est exactement ce que la BNS a fait.
Le 24 septembre 2026, la Banque Nationale Suisse (BNS) a maintenu son taux directeur à 0 %, pour la cinquième fois consécutive, et laissé inchangée la décote de 0,25 point appliquée aux avoirs à vue au-delà du seuil. L'information est dans les prévisions : l'inflation est désormais attendue à 0,7 % en 2026 et 0,8 % en 2027 comme en 2028, contre 0,6 %, 0,6 % et 0,7 % en juin. La révision de court terme tient aux produits pétroliers ; à moyen terme, la prévision est, selon le communiqué, « légèrement plus élevée, sous l'effet notamment de l'affaiblissement du franc ». Cette prévision conditionnelle repose sur un taux maintenu à 0 % sur tout l'horizon, soit jusqu'à fin 2028 : la BNS ne signale aucun relèvement. Elle attend une croissance comprise entre 1,5 % et 2 % en 2026, puis d'environ 1,5 % en 2027. Surtout, elle a dit en conférence de presse ce que le marché des changes observe depuis juin : le franc s'est déprécié d'environ 3 % en termes pondérés par les échanges depuis l'examen de juin, et cette baisse est conforme à l'élargissement des écarts de taux entre la Suisse et les grandes zones monétaires. Son président, Martin Schlegel, a résumé le mécanisme : des taux relativement bas rendent le franc moins attrayant que l'euro et le dollar. La BNS reste disposée à intervenir au besoin sur le marché des changes — une disposition qui, dans le contexte actuel, viserait surtout une appréciation rapide du franc. La cherté de la devise nationale continue d'agir comme un rempart contre l'inflation importée, notamment énergétique : c'est précisément parce que le franc est fort que la Suisse subit une inflation globale quatre fois moindre que celle de la zone euro (0,8 % contre 3,2 % en août). Sources : SECO, estimation détaillée du PIB du deuxième trimestre publiée le 3 septembre 2026 et statistiques du chômage d'août publiées le 7 septembre 2026 ; Banque Nationale Suisse, examen du 24 septembre 2026 de la situation économique et monétaire et conférence de presse du même jour ; Office fédéral de la statistique, IPC d'août publié le 3 septembre 2026 et IPC de septembre publié le 1er octobre 2026.
2. Francfort : la hausse du 10 septembre n'était pas l'information — les projections l'étaient
Le tournant de l'année remonte au 11 juin 2026 : la Banque Centrale Européenne a alors relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 % — sa première hausse depuis 2023 — portant le taux de refinancement principal à 2,40 % et la facilité de prêt marginal à 2,65 %. En cause : un choc énergétique importé. La flambée des prix du pétrole et du gaz, provoquée par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations autour du détroit d'Ormuz, avait poussé l'inflation de la zone euro à 3,2 % en mai.
Le 23 juillet, la BCE a maintenu ses trois taux inchangés, une pause que le compte rendu publié le 27 août a décrite comme telle : les gouverneurs y jugeaient qu'« une nouvelle hausse de taux serait probablement nécessaire à moins que les perspectives d'inflation ne s'améliorent nettement ». Ces perspectives ne se sont pas améliorées, au contraire. Le 1er septembre, Eurostat a publié une estimation rapide de l'inflation de la zone euro à 3,3 % en août, contre 2,9 % en juillet : son plus haut niveau depuis septembre 2023. Le responsable est identifié sans ambiguïté — l'énergie bondit de 14,3 % sur un an, après 10,3 % en juillet, dans le sillage du conflit au Moyen-Orient —, tandis que les services décélèrent à 3,0 % et que l'alimentation reste stable à 1,2 %. Neuf jours plus tard, la décision ne faisait plus débat. Le chiffre définitif, publié le 17 septembre, a légèrement révisé l'inflation d'août à 3,2 %, sans rien changer au diagnostic : l'énergie y progresse toujours de 14,3 % sur un an.
Le 10 septembre 2026, le Conseil des gouverneurs a donc relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base : taux de dépôt à 2,50 %, refinancement principal à 2,65 %, facilité de prêt marginal à 2,90 %, avec effet au 16 septembre. Christine Lagarde a qualifié la décision d'évidence — « no-brainer » — en conférence de presse. Et c'est bien parce qu'elle en était une qu'il faut chercher ailleurs ce qui a fait monter l'euro : dans les projections macroéconomiques publiées le même jour. L'inflation globale y est attendue à 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. Mais le chiffre que le marché a retenu est celui de l'inflation hors énergie et alimentation : 2,5 % en 2026, puis 2,6 % en 2027 et 2,3 % en 2028. Une inflation sous-jacente qui monte l'année suivante et reste au-dessus de la cible jusqu'au bout de l'horizon de projection, ce n'est pas le tableau d'une banque centrale qui a fini son travail. S'y ajoute une révision en hausse de la croissance, à 0,9 % en 2026 et 1,4 % en 2027, que la BCE justifie par une résistance de l'économie de la zone euro supérieure aux attentes. Sources : BCE, décisions de politique monétaire du 10 septembre 2026 ; Eurostat, estimation rapide de l'inflation de la zone euro d'août, publiée le 1er septembre 2026 ; BCE, compte rendu de la réunion des 22 et 23 juillet 2026 ; Eurostat, inflation de la zone euro d'août, chiffre définitif publié le 17 septembre 2026.
Reste la communication, et c'est là que l'exercice devient un art de lecture. Le communiqué maintient la formule habituelle : une approche « fondée sur les données et réunion par réunion », et « le Conseil des gouverneurs ne s'engage pas sur une trajectoire de taux particulière ». En conférence de presse, Christine Lagarde a toutefois refusé de répéter ce qu'elle avait dit en juillet sur le fait que le marché comprenait bien la fonction de réaction de la BCE, et a indiqué que le Conseil ne prenait pas position sur la direction future de la politique monétaire. Une banque centrale qui cesse de corriger des anticipations devenues restrictives, tout en publiant des projections qui les alimentent, envoie un message asymétrique — et le marché l'a lu comme tel.
Voilà l'enseignement central de notre édition du 14 septembre, et la Fed l'a confirmé deux jours plus tard : une hausse de taux anticipée ne fait effectivement pas monter une devise, mais la révision des projections qui l'accompagne, si. Le mécanisme est simple une fois énoncé. Le marché valorise en permanence une trajectoire de taux ; un événement ne déplace la devise que dans la mesure où il déplace cette trajectoire. Le 10 septembre, la décision n'a rien déplacé — elle était payée intégralement. Les projections, elles, ont fait passer une hausse en décembre du statut de scénario minoritaire, valorisé à environ 40 % avant la réunion, à celui de scénario central pour une partie des maisons d'analyse. C'est ce déplacement qui explique l'essentiel des 0,5 % pris par l'euro les 10 et 11 septembre. Pour un frontalier, la traduction est directe : le prochain rendez-vous à surveiller n'est pas une décision mais une publication de projections, celle de décembre — et, d'ici là, chaque estimation d'inflation de la zone euro, comme chaque nouvelle du détroit d'Ormuz, devient un événement de change.
Les chiffres de septembre sont tombés, et ils vont tous dans le même sens. Les instituts nationaux ont publié leurs premières estimations, en indice harmonisé : 3,4 % en France, contre 2,6 % en août, 4,1 % en Italie, contre 3,2 %, et 5,0 % en Espagne, où l'indice national passe de 4,3 % à 4,9 %. L'Allemagne, elle, a publié 3,3 % en indice national. Le 2 octobre, l'estimation rapide d'Eurostat l'a confirmé pour l'ensemble de la zone euro : 3,8 % en septembre, contre 3,2 % en août, son plus haut niveau depuis septembre 2023, avec une énergie en hausse de 18,8 % sur un an, des services à 3,2 % et une inflation sous-jacente — hors énergie, alimentation, alcool et tabac — à 2,5 %, contre 2,4 %. Le 30 septembre, Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a toutefois nuancé le tableau : selon elle, la flambée mondiale des rendements devrait modérer les pressions sur les prix, et tant que les anticipations d'inflation restent ancrées, un retour plus graduel vers 2 % est acceptable ; les prochaines hausses dépendront, a-t-elle indiqué, des anticipations, de la demande et des coûts d'emprunt mondiaux. Autrement dit, les chiffres d'inflation plaident pour une hausse en décembre, mais un membre du directoire rappelle que les conditions financières font déjà une partie du travail. Le 2 octobre, ces chiffres n'ont pas suffi à retenir l'euro. Sources : Insee, estimation provisoire de l'inflation de septembre 2026 ; Istat, prix à la consommation, données provisoires de septembre 2026 ; INE, indicateur avancé de l'IPC de septembre 2026 ; Eurostat, estimation rapide de l'inflation de la zone euro de septembre, publiée le 2 octobre 2026.
Attention toutefois à l'interprétation : cette hausse de taux reste défensive, dictée par un choc énergétique importé. Un euro qui monte parce que sa banque centrale lutte contre une inflation venue du prix du gaz et du pétrole n'est pas un euro qui monte parce que l'économie européenne est structurellement plus solide que l'économie suisse. L'estimation détaillée du PIB suisse du deuxième trimestre, publiée le 3 septembre, vient précisément de rappeler que la comparaison n'est pas si univoque : 1,5 % de croissance trimestrielle, c'est plus que ce que la zone euro devrait réaliser sur toute l'année 2026 selon les projections de la BCE elle-même. La prime de risque économique et politique qui pèse sur l'Europe continue, elle, de soutenir structurellement le franc.
3. Le contrepoids revenu au premier plan : la prime de risque française
Si la BCE pousse l'euro vers le haut, quelque chose le retient — et le mois de septembre fournit la mesure de ce contrepoids en deux temps. Pendant la semaine de la BCE, les deux forces se sont exprimées en même temps : le rendement de l'emprunt d'État français à dix ans est passé de 4,19 % le 7 septembre à 4,41 % le 11, et l'écart avec le Bund allemand de 84,2 à 89,8 points de base, mais la hausse des taux a porté l'euro plus haut que la prime de risque souverain ne l'a tiré vers le bas. La quinzaine suivante a changé la donne : l'écart a continué de s'élargir, à 95,0 points le 14 septembre puis 102,0 points le 22, au-delà de la barre des 100 points, tandis que le Bund refluait de 3,56 % le 16 septembre à 3,45 % le 22. Le 23, l'emprunt français rapportait 4,48 %, et l'écart s'établissait à 101,7 points. Autrement dit, la prime de risque française a monté au moment même où l'appui de la BCE faiblissait avec le recul du pétrole : du 17 au 23 septembre, les deux moteurs ont tiré l'euro dans le même sens, vers le bas.
Le calendrier ne desserre pas l'étau. Le gouvernement de Sébastien Lecornu a présenté le projet de budget pour 2027 en Conseil des ministres le 1er octobre : un effort de 54 milliards d'euros, dont 43 milliards de mesures nouvelles, pour ramener le déficit à 5,0 % du produit intérieur brut en 2027 ; le vote sur la première partie est attendu le 20 octobre et le vote final le 17 novembre, dans une Assemblée sans majorité et à sept mois d'une élection présidentielle — configuration dans laquelle aucun camp n'a intérêt à assumer des économies impopulaires, et où la menace de censure est déjà brandie. La Commission européenne attend un déficit public français à 5,1 % du produit intérieur brut en 2026, bien au-delà de la limite de 3 %. Pour un frontalier, l'enchaînement à retenir est simple : l'euro s'achète pour sa banque centrale et se vend pour sa politique budgétaire. Tant que la BCE resserre, le premier moteur l'emporte ; le jour où elle s'arrête, le second reste seul en piste. La séance du 2 octobre a nuancé cette règle : la BCE resserre toujours, l'inflation de la zone euro est montée à 3,8 %, et l'euro a pourtant perdu 1,7 % face au franc. Une tension aiguë sur la dette d'un grand État membre peut inverser l'ordre des deux moteurs. Sources : relevés quotidiens des rendements à dix ans ; franceinfo, calendrier parlementaire du projet de loi de finances pour 2027 ; franceinfo, présentation du budget 2027 en Conseil des ministres le 1er octobre 2026.
La présentation du budget n'a pas rassuré. Dans son avis du 1er octobre, le Haut Conseil des finances publiques a jugé « optimiste » l'hypothèse de croissance retenue pour 2027, et relevé que le gouvernement prévoit un déficit public de 5,4 % du produit intérieur brut en 2026 — contre 5,1 % attendus par la Commission européenne — puis de 5,0 % en 2027, pour une dette proche de 122 % du produit intérieur brut en 2027. Sur le marché, selon la presse financière, le rendement de l'emprunt d'État français à dix ans a atteint son plus haut niveau depuis 2002, autour de 4,95 %, et l'écart avec le Bund allemand s'est élargi à environ 130 points de base, son niveau le plus large depuis 2012 — contre 101,7 points le 23 septembre. Le même jour, le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a rappelé que les instruments d'achat de titres de la BCE, dont l'instrument de protection de la transmission, visent la stabilité des prix et non un niveau d'écart de taux. L'euro a cédé face au franc après la fixation du taux de référence du 1er octobre : selon l'agence AWP, la paire cotait 0.9334 le 2 octobre à 7 h 56, et la presse suisse, citant Commerzbank, rattache l'appréciation du franc à la flambée des rendements obligataires, en France surtout. Le taux de référence de la BCE est ressorti à 0.9279 le 2 octobre. La tension s'est encore accentuée ce jour-là : selon Reuters, l'écart avec le Bund a franchi 150 points de base le 2 octobre, pour la première fois depuis fin 2011. Le 5, il était revenu à 141 points, l'emprunt français à dix ans rapportant 4,8685 % et le Bund 3,4564 %, et l'euro avait repris 0,3 % face au franc, à 0.9311. Le reflux reste partiel : selon l'agence de notation Moody's, citée par Reuters, il est loin d'être certain qu'un compromis puisse être trouvé au Parlement sur le projet de loi de finances. Sources : Reuters, via Boursorama, 5 octobre 2026 ; Haut Conseil des finances publiques, avis n° 2026-5 du 1er octobre 2026 ; FXStreet, 1er octobre 2026 ; Reuters, via Global Banking & Finance, 1er octobre 2026 ; AWP, via Moneycab, 2 octobre 2026.
4. Le canal du dollar et de l'énergie : la Fed a relevé, le pétrole a reculé puis rebondi
Le quatrième facteur est américain, et il a livré son verdict. Le 16 septembre, le Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale, présidé par Kevin Warsh, a relevé son taux directeur de 25 points de base, à 3,75-4,00 %, à l'unanimité de ses douze votants : sa première hausse depuis 2023. Comme pour la BCE six jours plus tôt, la décision était attendue et ce sont les projections qui ont compté : la médiane des membres pour la fin 2026 passe de 3,8 % à 4,1 %, et 16 des 18 participants anticipent au moins une nouvelle hausse. Deux banques centrales qui resserrent en une semaine, c'est une configuration franchement défavorable à une devise qui ne rapporte rien. Le 2 octobre à 14 h 30, après la fixation du taux de référence de la BCE, le rapport sur l'emploi américain de septembre a fait état de 29 000 créations de postes seulement, pour environ 90 000 attendues, et d'un chômage remonté à 4,2 % : le taux de référence du jour n'intègre pas cette publication.
L'effet a été immédiat, et il ne concernait pas que l'euro. Le franc est passé de 0,8190 pour un dollar le 16 septembre — taux fixé avant l'annonce de la Fed — à 0,8245 le 17, le jour même où l'euro touchait son plus haut de l'année face au franc, à 0.9466. Puis la baisse du pétrole a inversé le mouvement : 0,8194 pour un dollar le 22, 0,8229 le 23, selon le croisement des taux de référence de la BCE. La règle opérationnelle, affinée d'édition en édition, tient en quatre lignes :
- Le franc gagne face à l'euro quand le choc frappe le dollar. Un stress qui pousse les capitaux hors des actifs américains se répartit entre franc, or et euro, et le franc en capte la part la plus importante en proportion de sa taille. C'était le mécanisme du 20 août, avec les rachats de dette du Trésor américain.
- Le franc gagne aussi, et plus vite, quand le stress frappe la dette de la zone euro. Les capitaux qui quittent les emprunts d'un État membre ne se reportent pas sur l'euro, mais en partie sur une devise voisine qui n'en partage pas le risque. C'est la lecture que la presse suisse, citant Commerzbank, fait des 1er et 2 octobre, en la rattachant à la flambée des rendements obligataires et à la faible dette publique suisse.
- Le franc perd quand les taux remontent partout ailleurs. Détenir des francs coûte le rendement auquel on renonce. Plus ce rendement est élevé chez les autres, plus l'assurance est chère à porter. C'est le mécanisme des 10 et 11 septembre, puis du 17, contre l'euro comme contre le dollar.
- L'écart de taux reste l'arbitre. Se réfugier en francs coûte 2,50 points de rendement par an face à l'euro depuis le 16 septembre, et coûtera 2,75 points si la BCE relève encore en décembre. Le 24 septembre, la BNS a elle-même relié la baisse du franc à l'élargissement des écarts de taux. En temps normal, cette prime plafonne l'ampleur des replis de l'EUR/CHF ; le 2 octobre a montré qu'un stress sur la dette souveraine de la zone euro peut faire sauter ce plafond en une séance.
Reste le canal énergétique, qui a dominé la fin septembre. Il est passé du statut de moteur direct à celui de variable d'entrée de la politique monétaire : le prix du gaz et du pétrole ne fait plus monter l'euro par lui-même, il le fait monter parce qu'il porte l'inflation de la zone euro à 3,8 % en septembre et oblige la BCE à agir. Cela change la lecture des nouvelles géopolitiques : une désescalade au Moyen-Orient fait baisser l'énergie, donc l'inflation attendue, donc les anticipations de hausse — et ramène l'euro vers le bas. C'est ce qui s'est produit du 17 au 23 septembre. Le pétrole a enchaîné cinq séances de baisse jusqu'au 22 septembre, sur l'espoir d'une négociation entre Washington et Téhéran : selon l'agence Kyodo, qui cite un haut responsable iranien, l'Iran a proposé de rouvrir le détroit d'Ormuz sous sept jours si les États-Unis lèvent leur blocus des ports iraniens. Le 23, le brut a rebondi de 3,9 % quand le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré que son pays ne capitulerait pas. Pour un frontalier, la paix est haussière pour le franc. C'est contre-intuitif, mais c'est le mécanisme en vigueur depuis juin : la séance du 22 septembre l'a illustré, et la semaine suivante l'a confirmé en sens inverse. Le 26 septembre, Donald Trump a jugé inacceptable la feuille de route présentée la veille par l'Iran aux Nations unies, qui subordonnait la réouverture du détroit à la levée du blocus américain et des sanctions pétrolières ; le pétrole est reparti à la hausse, le contrat de novembre sur le Brent se traitant autour de 105 dollars le baril le 28. Le 30, l'inflation allemande de septembre est ressortie à 3,3 % en indice national, contre 2,9 % en août, avec une énergie en hausse de 14,9 % sur un an — et l'euro a touché 0.9478 le même jour. Le mouvement ne s'est pas prolongé le lendemain, alors que le contrat de référence avait progressé la veille : le 30, le contrat de novembre sur le Brent, qui arrivait à échéance, a terminé à 103,53 dollars, et celui de décembre, désormais la référence, à 98,03 dollars, en hausse de 1,9 %. Le même jour, l'Iran a confirmé avoir reçu une contre-proposition américaine, transmise par le Qatar : la négociation, que le rejet du 26 n'avait pas rompue, se poursuit. Et selon JPMorgan, les exportations de brut du Moyen-Orient sont revenues à 98 % de leur niveau d'avant-guerre. Le 1er octobre, le contrat de décembre sur le Brent a gagné 4,4 %, à 102,31 dollars, après l'annonce par le Wall Street Journal de l'envoi d'un troisième groupe aéronaval américain dans la région. Selon le mécanisme décrit ici, cette hausse aurait dû soutenir l'euro ; il a au contraire nettement reculé, dès le jour même et le lendemain, sur fond de tension sur la dette française, que la presse financière juge prépondérante. Côté diplomatie, aucune avancée n'était relevée le 2 octobre au matin : selon Axios et The Hill, Washington a fait quitter New York à la délégation iranienne, ce que Téhéran conteste. Le 4 octobre, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que le détroit d'Ormuz ne rouvrirait pas tant que les sept conditions iraniennes fondées sur le mémorandum d'Islamabad ne seraient pas remplies, tandis que le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, se disait attaché à une solution diplomatique. Le 5 octobre, le Brent se traitait autour de 102,50 dollars le baril. Sources : Al Jazeera, 4 octobre 2026 ; Destatis, estimation provisoire de l'inflation de septembre 2026 ; Al Jazeera, 26 septembre 2026 ; Rigzone, 30 septembre 2026 ; Tasnim, 30 septembre 2026 ; Rigzone, 1er octobre 2026.
5. Les niveaux techniques : 0.9330 enfoncé, 0.9270 tenu
Le marché sait que la BNS veille. Une appréciation trop brutale du CHF détruirait la compétitivité du secteur exportateur suisse (horlogerie, pharma, machines), déjà sous pression du fait des droits de douane américains. Lors de son examen du 24 septembre 2026, la BNS s'est redite disposée à intervenir au besoin sur le marché des changes — une disposition qui, dans le contexte actuel, viserait surtout une appréciation rapide du franc, et qui n'avait pas lieu de jouer lors de cet examen, puisque le franc s'était au contraire déprécié d'environ 3 % en termes pondérés par les échanges depuis juin ; il a regagné environ 2 % face à l'euro entre les taux de référence du 30 septembre et du 2 octobre, avant d'en rendre 0,3 % le 5. Le seuil des 0.9000 agit ainsi comme un support technique majeur, aujourd'hui éloigné d'un peu plus de 3 % du cours : il marque désormais la borne basse de notre scénario le plus favorable au franc. La BNS se dit disposée à intervenir au besoin, sans fixer de niveau.
À court terme, la carte des niveaux a été redessinée par le bas. Après le plus haut de l'année, 0.9478 le 30 septembre, la paire est revenue à 0.9437 le 1er octobre, puis à 0.9279 le 2, en enfonçant successivement la zone 0.9400-0.9410, la zone 0.9380-0.9390 et la borne basse de notre corridor, 0.9330. Elle était alors venue au contact de 0.9270, niveau que nous désignions comme celui dont la rupture effacerait l'essentiel de la hausse de l'été ; le dernier taux de référence inférieur, 0.9268, date du 22 juillet. Au taux de référence du 5 octobre, elle est remontée à 0.9311 : 0.9270 a tenu en taux de référence, pour l'instant sur une seule séance. Au-dessous, les repères restent la zone 0.9234-0.9253, niveaux des 1er et 13 juillet, puis 0.9190, plus bas taux de référence de l'été, le 3 juillet, et 0.9150, borne basse de notre corridor. À la hausse, 0.9330 est la première résistance, devant la zone 0.9380-0.9410. Le corridor de travail des prochaines semaines reste fixé à 0.9150 – 0.9400. Le prochain test pourrait venir de Paris et de l'énergie plutôt que d'une banque centrale : l'Assemblée nationale vote sur la première partie du budget le 20 octobre, la BCE ne se réunit pas avant le 29 octobre, et la BNS pas avant décembre.
Quels scénarios pour l'EUR/CHF d'ici fin 2026 ?
Aucun analyste sérieux ne prétend connaître le taux du 31 décembre. En revanche, on peut cadrer les trajectoires plausibles et, surtout, mesurer ce qu'elles coûtent ou rapportent concrètement. Les économistes d'UBS visent 0.9500 à fin 2026, en tablant sur une accélération de l'économie allemande et de meilleurs rendements réels hors de Suisse ; leur scénario défavorable ressort à 0.9000 si les risques géopolitiques persistent. Fait notable, les entreprises suisses interrogées par la même banque anticipent plutôt 0.9100 — elles, qui subissent la force du franc au quotidien, restent nettement plus pessimistes que les économistes. La paire s'est approchée de la cible d'UBS à 0.9466 le 17 septembre, puis à 0.9478 le 30, à environ 0,2 % de la cible, avant de tomber à 0.9279 le 2 octobre, à environ 2,4 %, puis de remonter à 0.9311 le 5, à environ 2,0 % de la cible des économistes et 2,3 % des 0.9100 anticipés par les entreprises. Nous citons ces projections à titre de fourchette de marché, non de prédiction. Sur notre propre positionnement, un rappel : après avoir sous-estimé deux éditions de suite la capacité de l'euro à monter, nous avions relevé notre scénario central le 14 septembre, puis l'avions abaissé de 50 points le 24 après le repli ; le 1er octobre encore, nous le maintenions, en jugeant que la paire restait dans le corridor. Elle en est sortie par le bas le lendemain, sur fond de tension sur la dette française, un facteur que nous rangions parmi les contrepoids plutôt que parmi les moteurs. Nous avons abaissé le scénario central à 0.9150 – 0.9400 le 2 octobre, et le rebond du 5, limité à 0,3 %, ne justifie pas de le modifier. Le constat de fond demeure : historiquement, une devise dont la banque centrale resserre tend à s'apprécier tant que ce resserrement n'est pas terminé — avec une nuance apprise fin septembre : quand ce resserrement est dicté par l'énergie, la seule perspective de sa fin suffit à faire reculer la devise ; et une autre, apprise le 2 octobre : il ne protège pas l'euro d'une tension sur la dette d'un grand État membre. Le moment de vérité reste le 17 décembre, jour des prochaines projections de la BCE.
| Scénario | Déclencheur | Zone EUR/CHF | 5'000 CHF valent |
|---|---|---|---|
| Remontée de l'euro | Détente sur la dette française, avec un budget adopté sans censure et un écart avec le Bund qui se resserre, inflation de la zone euro durablement au-dessus de 3 % et hausse de la BCE confirmée le 17 décembre | 0.9400 – 0.9500 | ~5'319 € à ~5'263 € |
| Franc ferme sous 0.9400 (central) | Tension persistante sur la dette française sans crise ouverte, BCE toujours sur la voie d'une hausse en décembre, BNS immobile à 0 %, négociation au Moyen-Orient qui traîne sans rupture | 0.9150 – 0.9400 | ~5'464 € à ~5'319 € |
| Retour accentué du franc | Crise budgétaire ouverte à Paris (censure ou rejet du budget), accord rouvrant le détroit d'Ormuz et faisant refluer l'énergie et l'inflation, BCE qui signale la fin de son cycle en décembre, ou choc financier majeur | 0.9000 – 0.9150 | ~5'556 € à ~5'464 € |
L'écart entre les deux extrêmes atteint près de 300 € par mois sur un salaire de 5'000 CHF, soit environ 3'500 € sur une année. C'est considérable — et c'est exactement pourquoi il est irrationnel de miser l'intégralité de ses conversions sur un seul de ces scénarios. Le 2 octobre, nous avons déplacé les trois zones vers le bas : le scénario central devient 0.9150 – 0.9400, et le scénario de retour du franc s'étend jusqu'à 0.9000, support technique majeur ; la BNS se dit disposée à intervenir au besoin, sans fixer de niveau. Le scénario de remontée de l'euro suppose une détente sur la dette française, avec un budget adopté sans censure et un écart avec le Bund qui se resserre, en plus d'une hausse de la BCE confirmée en décembre : l'inflation de la zone euro à 3,8 % en septembre plaide pour cette hausse, mais elle n'a pas suffi le 2 octobre. Le scénario de retour accentué du franc garde un déclencheur daté, les votes de l'Assemblée nationale sur le budget, les 20 octobre et 17 novembre, et un autre ouvert, la négociation sur le détroit d'Ormuz, dont la séance du 22 septembre a montré l'effet sur la paire. Source des projections : UBS Outlook Suisse 2026. Ces projections d'établissements tiers sont citées à titre informatif et n'engagent pas ibani.
Quel impact concret sur le pouvoir d'achat frontalier en octobre 2026 ?
Un taux EUR/CHF autour de 0.9311 redonne de l'air aux salariés rémunérés en francs suisses et consommant en euros : tombé le 30 septembre à son plus bas niveau de l'année, l'avantage de change a plus que quintuplé en deux séances, jusqu'au 2 octobre, et reste plus de quatre fois supérieur à ce plancher malgré le léger recul du 5. L'effet de levier sur le reste à vivre demeure réel pour les frontaliers de Genève, du Pays de Gex, de Haute-Savoie ou de l'Ain, à condition de ne pas le laisser s'éroder passivement.
Voici ce que devient un salaire net de référence de 5'000 CHF au fil des taux constatés.
| Période de référence | Taux de change (EUR/CHF) | Salaire converti (en EUR) | Gain mensuel vs Moyenne 2024 |
|---|---|---|---|
| Moyenne 2024 | 0.9526 | ~5'249 € | - |
| Pic de mars 2026 | 0.9008 | ~5'551 € | + 302 € |
| 1er juillet 2026 | 0.9234 | ~5'415 € | + 166 € |
| 13 juillet 2026 | 0.9253 | ~5'404 € | + 155 € |
| 3 août 2026 | 0.9320 | ~5'365 € | + 116 € |
| 10 août 2026 | 0.9340 | ~5'353 € | + 104 € |
| 18 août 2026 (sommet d'août) | 0.9406 | ~5'316 € | + 67 € |
| 20 août 2026 (creux) | 0.9333 | ~5'357 € | + 108 € |
| 24 août 2026 | 0.9362 | ~5'341 € | + 92 € |
| 31 août 2026 | 0.9376 | ~5'333 € | + 84 € |
| 9 septembre 2026 (veille de la BCE) | 0.9404 | ~5'317 € | + 68 € |
| 10 septembre 2026 (décision BCE) | 0.9432 | ~5'301 € | + 52 € |
| 11 septembre 2026 | 0.9451 | ~5'290 € | + 41 € |
| 17 septembre 2026 (lendemain de la hausse de la Fed) | 0.9466 | ~5'282 € | + 33 € |
| 23 septembre 2026 (creux de la semaine) | 0.9390 | ~5'325 € | + 76 € |
| 30 septembre 2026 (plus haut de l'année) | 0.9478 | ~5'275 € | + 26 € |
| 1er octobre 2026 | 0.9437 | ~5'298 € | + 49 € |
| 2 octobre 2026 (plus bas depuis juillet) | 0.9279 | ~5'389 € | + 140 € |
| 5 octobre 2026 (actuel) | 0.9311 | ~5'370 € | + 121 € / mois |
*Méthodologie de calcul : Valeur en Euros = (Montant en CHF) / (Taux EUR/CHF). Valeurs brutes, sur la base du taux interbancaire réel, hors marges bancaires.
Synthèse de l'expert : Au 5 octobre 2026, un frontalier génère un surplus de pouvoir d'achat d'environ 121 euros par mois (soit environ 1'452 € annualisés) par rapport à la moyenne de 2024, uniquement grâce à l'effet devise. La colonne de droite en retrace les principales étapes : 302 € en mars, 166 € au 1er juillet, 155 € au 13 juillet, 116 € au 3 août, 104 € au 10 août, 84 € au 31, 41 € au 11 septembre, 33 € au sommet du 17, 76 € le 23, 26 € le 30, 49 € le 1er octobre, 140 € le 2 — son plus haut niveau depuis le 22 juillet —, puis 121 € le 5. L'avantage de change n'est pas un acquis, c'est un stock qui fluctue : il représente environ 40 % de celui de mars ; il avait perdu environ 50 € en cinq séances, du 23 au 30 septembre, en a regagné 114 en deux, puis en a rendu 19 en une. Deux lectures s'imposent. D'abord, l'érosion de l'avantage n'a pas été linéaire, et elle s'est interrompue : après deux répits, le creux du 20 août et le repli du pétrole des 22 et 23 septembre, le recul de l'euro entre les taux de référence du 30 septembre et du 2 octobre a ramené l'avantage près de son niveau du 22 juillet. Ensuite, une semaine — parfois une séance — d'attente peut coûter ou rapporter des dizaines d'euros : environ 27 € perdus à attendre la BCE les 10 et 11 septembre, environ 43 € gagnés à attendre du 17 au 23, environ 50 € perdus à attendre du 23 au 30, environ 23 € gagnés à attendre du 30 septembre au 1er octobre, puis environ 91 € du 1er au 2 octobre, et environ 19 € perdus à attendre du 2 au 5 octobre. C'est l'argument le plus fort contre le fait d'arbitrer une conversion sur l'actualité : l'ampleur est du même ordre dans les deux sens, et le sens ne se prévoit pas. Pour convertir concrètement, notre guide du rapatriement de salaire suisse en France détaille chaque étape.
Stratégie de change : comment optimiser ses opérations ce mois-ci ?
Dans un marché des changes (Forex) dominé par les algorithmes et l'incertitude macroéconomique, tenter de « timer » le marché (attendre le point le plus bas absolu) est une stratégie perdante. Le trimestre écoulé vient d'en administrer la preuve la plus complète : 0.9234 le 1er juillet, 0.9253 le 13, 0.9332 le 29, 0.9320 le 3 août, 0.9340 le 10, 0.9406 le 18, 0.9333 le 20, 0.9376 le 31, 0.9404 le 9 septembre, 0.9451 le 11, 0.9466 le 17, 0.9390 le 23, 0.9478 le 30, 0.9437 le 1er octobre, 0.9279 le 2, 0.9311 le 5. La tendance de l'été a coûté entre 25 et 50 € par quinzaine d'attente à un frontalier payé 5'000 CHF ; à la mi-août, au moment précis où l'euro semblait s'installer au-dessus de 0.9400, la paire a rendu 0,8 % en deux séances ; puis elle a franchi ce même seuil trois semaines plus tard, sur un événement dont tout le monde connaissait la date et le contenu, avant de repasser dessous deux semaines après, sur une nouvelle venue du Moyen-Orient, puis de le reprendre la semaine suivante, sur une autre, et de le perdre à nouveau, nettement, le 2 octobre, sur fond de tension sur la dette française, avant un léger rebond le 5. Ni la tendance, ni le faux départ d'août, ni la sortie de septembre, ni le repli qui a suivi, ni le rebond de la fin du mois, ni la chute enregistrée entre les taux de référence du 30 septembre et du 2 octobre n'étaient prévisibles à la date près — et c'est exactement le problème avec une décision unique.
La méthode qui fonctionne : convertir par tranches régulières. Plutôt que de tout jouer sur une date, un frontalier qui rapatrie chaque mois la même part de son salaire obtient mécaniquement le taux moyen de la période — sans avoir à prévoir quoi que ce soit. Cette approche, connue sous le nom de lissage (ou cost averaging), n'offre jamais le meilleur taux de l'année ; elle protège surtout du pire, ce qui est l'objectif réel quand il s'agit d'un revenu et non d'un placement spéculatif.
Les échéances à surveiller d'ici la fin de l'année
Les rendez-vous de la seconde quinzaine de septembre ont livré leur verdict — hausse de la Fed le 16, inflation de la zone euro révisée à 3,2 % le 17, maintien de la BNS à 0 % le 24, inflation allemande à 3,3 % en indice national le 30 —, et le début d'octobre a apporté l'inflation suisse de septembre, à 1,0 %, et la présentation du budget français, le 1er, puis l'estimation rapide de l'inflation de la zone euro, à 3,8 %, le 2 ; le 5, l'écart entre emprunts français et allemands a commencé à refluer, de plus de 150 à 141 points de base selon Reuters. La suite dépend moins des banques centrales que de Paris et de l'énergie, jusqu'à la réunion de la BCE de décembre.
- Dès maintenant : la négociation entre les États-Unis et l'Iran sur la réouverture du détroit d'Ormuz, où Téhéran examine une contre-proposition américaine, dont il a confirmé la réception le 30 septembre ; le 4 octobre, le président du Parlement iranien a déclaré que le détroit ne rouvrirait pas tant que les sept conditions posées par Téhéran ne seraient pas remplies. C'est l'un des deux moteurs de court terme : un accord ferait refluer l'énergie et soutiendrait le franc ; un échec rendrait à l'euro son principal appui.
- 20 octobre et 17 novembre : votes de l'Assemblée nationale sur la première partie puis sur l'ensemble du projet de budget français pour 2027, présenté le 1er octobre avec un effort de 54 milliards d'euros. C'est l'autre moteur de court terme : l'écart avec le Bund allemand, de 102,0 points de base le 22 septembre, a franchi 150 points le 2 octobre, une première depuis fin 2011, avant de revenir à 141 points le 5, selon Reuters.
- 29 octobre : réunion de la BCE, sans nouvelles projections macroéconomiques. Le ton de la conférence de presse dira si la porte de décembre reste ouverte.
- 17 décembre : dernière réunion de la BCE de l'année, avec de nouvelles projections. C'est l'échéance qui commande l'ensemble du trimestre pour l'EUR/CHF, et les réunions de septembre, à Francfort comme à Washington, ont rappelé que ce sont les projections, plus que la décision, qui déplacent les devises. La BNS tiendra elle aussi son prochain examen trimestriel en décembre.
Entre-temps, le dossier énergétique reste le facteur le plus imprévisible, avec un effet désormais bien identifié : un apaisement au Moyen-Orient ferait baisser le pétrole et le gaz, donc l'inflation de la zone euro, donc les anticipations de hausse de la BCE, et ramènerait l'euro vers le bas ; une escalade qui frapperait aussi le dollar profiterait au franc, comme le 20 août. La séance du 22 septembre a illustré le premier cas. Dans les deux cas de figure, la nouvelle géopolitique marquante joue plutôt en faveur du frontalier — ce qui est, reconnaissons-le, une manière inhabituelle de lire l'actualité. Pour aller plus loin sur l'exécution, consultez notre guide pour changer ses devises en ligne au meilleur taux, ou notre analyse sur la possibilité de bloquer un taux de change pour sécuriser une opération à venir.
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L'analyse de marché est inutile si l'exécution de votre transaction est défectueuse. Le taux interbancaire (autour de 0.9311 au dernier taux de référence de la BCE) est le prix de gros de la monnaie. Ce n'est jamais le taux que votre banque de détail vous applique.
Sur un transfert de 5'000 CHF, une banque classique appliquera un taux majoré (souvent appelé « taux de guichet ») et facturera des frais de transfert internationaux (SWIFT). Cette marge invisible peut ponctionner 80 € à 120 € par mois sur votre salaire (marge de 1,5 % à 2,3 %), réduisant à néant une grande partie de l'avantage conféré par la force du franc.
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Questions Fréquentes (mise à jour 5 octobre 2026)
Méthodologie et sources : les cours EUR/CHF cités proviennent des taux de change de référence de l'euro publiés quotidiennement par la Banque Centrale Européenne (dernier relevé retenu : 0.9311 au 5 octobre 2026 ; 0.9279 le 2 octobre ; 0.9437 le 1er octobre ; 0.9478 le 30 septembre, plus haut de l'année ; 0.9409 le 24, 0.9445 le 25, 0.9464 le 28, 0.9461 le 29 ; 0.9390 le 23, 0.9431 le 14, 0.9441 le 15, 0.9449 le 16, 0.9466 le 17, 0.9462 le 18, 0.9438 le 21, 0.9393 le 22 ; pour la semaine précédente, 0.9404 le 9, 0.9432 le 10 et 0.9451 le 11), croisés avec les cotations de marché pour les niveaux intraday, dont le rebond vers 0.9415-0.9420 le 24 septembre au matin. La qualification de plus forte baisse d'un taux de référence à l'autre depuis le 16 juin 2022 et de plus bas niveau depuis le 22 juillet 2026 (0.9268) résulte de nos calculs sur l'historique des taux de référence de la BCE ; la cotation de 0.9334 le 2 octobre à 7 h 56 est celle rapportée par l'agence AWP. La moyenne 2024 retenue comme base de comparaison, 0.9526, est la moyenne des 256 taux de référence quotidiens publiés par la BCE en 2024 ; le plus bas de mars 2026, 0.9008, date du 9 mars, et le plus bas de l'été, 0.9190, du 3 juillet. Le cours du franc face au dollar est calculé par croisement des taux de référence EUR/CHF et EUR/USD de la BCE (0,8190 le 16, 0,8245 le 17, 0,8194 le 22, 0,8229 le 23, 0,8347 le 30 septembre, 0,8353 le 1er octobre, 0,8266 le 2 octobre et 0,8310 le 5 octobre). Les données d'activité proviennent du SECO (estimation détaillée du PIB du deuxième trimestre publiée le 3 septembre 2026, confirmant l'estimation rapide du 14 août ; statistiques du chômage d'août publiées le 7 septembre 2026). Les données de politique monétaire proviennent des communiqués officiels de la BNS (examens du 18 juin et du 24 septembre 2026, ce dernier complété par les remarques introductives de la conférence de presse) et de la BCE (11 juin, 23 juillet et 10 septembre 2026), ainsi que du compte rendu de la réunion des 22 et 23 juillet publié le 27 août 2026 ; les projections macroéconomiques citées (inflation globale 3,0 / 2,5 / 2,1 %, inflation sous-jacente 2,5 / 2,6 / 2,3 %, croissance 0,9 / 1,4 / 1,5 % pour 2026, 2027 et 2028) sont celles publiées par la BCE le 10 septembre 2026. Les chiffres d'inflation proviennent de l'Office fédéral de la statistique (IPC suisse d'août, publié le 3 septembre 2026, et IPC de septembre, publié le 1er octobre 2026 : 1,0 % sur un an, sous-jacente 0,5 %, produits pétroliers +31,2 %), d'Eurostat (estimation rapide de l'inflation de la zone euro d'août à 3,3 %, publiée le 1er septembre 2026, révisée à 3,2 % dans le chiffre définitif du 17 septembre) et des instituts nationaux pour septembre (Insee et Istat, estimations provisoires publiées le 30 septembre 2026 ; INE, indicateur avancé publié le 29 septembre 2026), et l'estimation rapide de l'inflation de la zone euro de septembre (3,8 %, énergie +18,8 %, sous-jacente 2,5 %) d'Eurostat, publiée le 2 octobre 2026. Le rendement de l'emprunt d'État français à dix ans (4,19 % le 7 septembre, 4,41 % le 11, 4,48 % le 23) et l'écart avec le Bund allemand (84,2, 89,8, 95,0, 102,0 puis 101,7 points de base les 7, 11, 14, 22 et 23 septembre) proviennent des relevés quotidiens de marché ; le plus haut depuis 2002 du rendement français à dix ans (autour de 4,95 %) et l'écart d'environ 130 points de base avec le Bund, le plus large depuis 2012, sont ceux rapportés par la presse financière pour le 1er octobre ; le franchissement de 150 points de base le 2 octobre, l'écart de 141 points le 5 octobre (rendements de 4,8685 % pour l'emprunt français et de 3,4564 % pour le Bund), l'appréciation de l'agence Moody's sur le budget et le cours du Brent du 5 octobre (102,52 dollars) sont rapportés par Reuters ; les déclarations iraniennes du 4 octobre proviennent d'Al Jazeera ; l'avis n° 2026-5 du Haut Conseil des finances publiques est daté du 1er octobre 2026 ; la prévision de déficit public français pour 2026 (5,1 % du PIB) est celle de la Commission européenne, et le calendrier budgétaire celui rapporté par franceinfo. La décision de la Réserve fédérale du 16 septembre 2026 (hausse de 25 points de base à 3,75-4,00 %, vote à l'unanimité, médiane des projections pour la fin 2026 relevée de 3,8 % à 4,1 %) provient du Federal Reserve Board. Les mouvements du pétrole et les éléments de la négociation entre les États-Unis et l'Iran (proposition iranienne rapportée par l'agence Kyodo, déclarations du président Pezeshkian du 23 septembre, rejet de la feuille de route iranienne par Donald Trump le 26 septembre, cours du Brent au 28 septembre) proviennent de la presse financière et d'agence, de même que les cours de règlement du Brent du 30 septembre (Rigzone), l'estimation des exportations de brut du Moyen-Orient attribuée à JPMorgan et la réception par l'Iran d'une contre-proposition américaine, confirmée le 30 septembre (agence Tasnim). Le cours de règlement du contrat de décembre sur le Brent du 1er octobre (102,31 dollars) provient de Rigzone, l'envoi d'un troisième groupe aéronaval américain, annoncé par le Wall Street Journal, selon CBS et The National, et le départ de la délégation iranienne de New York d'Axios et de The Hill. Les propos de Joachim Nagel du 1er octobre sont rapportés par Reuters, et ceux de Commerzbank par l'agence AWP. Le rapport sur l'emploi américain de septembre (29 000 créations de postes, chômage à 4,2 %) a été publié par le Bureau of Labor Statistics le 2 octobre 2026 à 14 h 30, après la fixation du taux de référence de la BCE. L'inflation allemande de septembre (3,3 % en indice national, énergie +14,9 %) provient de l'estimation provisoire de l'Office fédéral allemand de la statistique (Destatis) publiée le 30 septembre 2026, et la présentation du budget français pour 2027 en Conseil des ministres le 1er octobre (effort de 54 milliards d'euros, dont 43 milliards de mesures nouvelles, déficit visé à 5,0 % du PIB en 2027) de franceinfo. Les propos d'Isabel Schnabel du 30 septembre 2026 sont rapportés par la presse financière. Les propos de Christine Lagarde et de Martin Schlegel, ainsi que le positionnement des maisons d'analyse sur la trajectoire de la BCE (décembre valorisé à environ 40 % avant la réunion du 10 septembre), reflètent les conférences de presse des 10 et 24 septembre et les notes de recherche rapportées par la presse financière. Cet article est révisé toutes les deux semaines et après chaque décision de politique monétaire.