8 minutes de lecture | Publié le 18 Février 2026
Auteur : Brice DELHOME
Lorsqu'un travailleur frontalier exerce son "Droit d'Option" et choisit de s'affilier à l'assurance maladie suisse (la LAMal), une immense confusion règne souvent sur la manière dont les frais de santé seront pris en charge au quotidien.
Vais-je devoir payer la franchise suisse si je vais voir mon médecin traitant en France ? Dois-je avancer les frais à Genève ? Quel est le rôle de la CPAM dans tout cela ? Cet article ultra-détaillé décrypte la mécanique de coordination des soins entre la France et la Suisse, et vous explique pourquoi la compréhension du formulaire S1 est la clé de votre tranquillité d'esprit.
Le formulaire S1 est le pont administratif qui relie le système de santé suisse au système de santé français. C'est un document standardisé de coordination européenne.
Comment ça fonctionne concrètement ?
Lorsque vous êtes affilié à la LAMal, vous avez le droit de consulter n'importe quel médecin, spécialiste ou hôpital public dans votre canton de travail en Suisse.
Cependant, le système suisse fonctionne de manière très différente du système français. La Sécurité Sociale n'intervient absolument pas ici. Ce sont les règles strictes de votre contrat LAMal qui s'appliquent :
C'est ici que le système devient extrêmement avantageux pour le frontalier. Si vous tombez malade et que vous décidez d'aller consulter un médecin dans votre ville de résidence en France, ce sont les règles françaises qui s'appliquent, comme si vous étiez un citoyen français couvert par le régime général.
Vous présentez simplement votre Carte Vitale à votre professionnel de santé français. Le parcours de soins coordonné s'applique (déclaration du médecin traitant, etc.).
Pour bien comprendre la différence radicale de traitement selon le côté de la frontière où vous vous trouvez, voici un tableau comparatif d'un scénario identique (Consultation chez un médecin généraliste) :
| Cas de figure | Soins effectués à Genève (Suisse) | Soins effectués à Annecy (France) |
|---|---|---|
| Action du patient | Vous avancez les frais (ex: facture de 120 CHF). | Vous donnez votre Carte Vitale (Consultation à 26,50 EUR). |
| Interlocuteur | Application mobile de votre assureur LAMal suisse. | Télétransmission automatique à la CPAM française. |
| Si Franchise (300 CHF) non atteinte | Remboursement : 0 CHF. Vous payez les 120 CHF vous-même, qui sont déduits de votre franchise. | Remboursement par la CPAM : 70% du tarif de base (moins la participation forfaitaire). La franchise suisse est ignorée. |
| Si Franchise déjà atteinte cette année | L'assurance rembourse 90% (108 CHF) et garde 10% de quote-part (12 CHF). | Identique : Remboursement à 70% par la Sécurité Sociale française. |
Puisque les soins en France sont remboursés par la CPAM aux tarifs habituels (70% pour la médecine de ville), il vous reste systématiquement un ticket modérateur de 30% à payer de votre poche, sans compter les dépassements d'honoraires très fréquents dans les zones frontalières, ou les frais mal couverts (lunettes, dentaire).
Il est donc absolument indispensable de souscrire à une mutuelle santé française (une complémentaire), même si vous payez déjà une assurance LAMal très chère en Suisse.
Certaines mutuelles frontalières spécialisées proposent même des garanties mixtes : elles complètent les remboursements de la CPAM en France, et prennent parfois en charge une partie des soins non remboursés en Suisse (chambres privées d'hôpital, médecine douce).
En choisissant la LAMal, vous allez devoir payer chaque mois une prime d'assurance en Francs Suisses (CHF) à votre caisse maladie helvétique. Cette prime s'élève généralement à plusieurs centaines de francs.
Si vous choisissez de rapatrier l'intégralité de votre salaire sur votre compte en France, puis d'utiliser votre banque française pour payer votre facture LAMal en Suisse par virement international, vous allez subir un double taux de change médiocre et des frais d'intervention bancaire.
