2ème pilier suisse (LPP) : la prévoyance professionnelle

2ème pilier suisse (LPP) : la prévoyance professionnelle en 2026

Clock iconLecture : 12 minutes |Mis à jour le 10.08.2026

Par Brice DELHOME, Expert Prévoyance & Finance transfrontalière

L'essentiel du 2e pilier en 2026

  • L'affiliation est obligatoire dès un salaire annuel supérieur à 22 680 CHF chez un même employeur.
  • Les cotisations ne portent pas sur le salaire brut mais sur le salaire coordonné, après une déduction de coordination de 26 460 CHF.
  • L'employeur finance au moins la moitié des cotisations (art. 66 LPP).
  • Le capital est rémunéré à 1,25 % minimum en 2026 et converti en rente à 6,8 % sur la part obligatoire.
  • Un frontalier qui quitte définitivement la Suisse pour l'UE ou l'AELE ne peut retirer en espèces que la part surobligatoire.
  • Sur un retrait en capital, la marge de change d'une banque classique coûte souvent plus cher que les frais de dossier : sur 400 000 CHF, 1,5 % représente 6 000 CHF.

Le système de prévoyance suisse repose sur trois piliers, dont le 2ème pilier, régi par la Loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP). Ce pilier complète le 1er pilier (AVS) pour permettre de maintenir le niveau de vie à la retraite, tout en couvrant les risques d'invalidité et de décès. Pour un salarié en Suisse, il représente le plus souvent la part la plus importante de son patrimoine financier au moment de la retraite.

Ce guide reprend les montants-limites en vigueur au 1er janvier 2026, les décisions politiques de ces derniers mois, et le cas particulier des frontaliers et expatriés qui quittent la Suisse.

I. Les chiffres clés de la LPP en 2026

Les montants-limites de la prévoyance professionnelle sont indexés sur la rente AVS maximale. Celle-ci n'ayant pas été adaptée au 1er janvier 2026, tous les seuils LPP restent identiques à ceux de 2025. La prochaine adaptation ordinaire est attendue au 1er janvier 2027.

Paramètre LPPMontant 2026À quoi ça sert
Seuil d'entrée22 680 CHFSalaire annuel minimal pour être assuré obligatoirement
Déduction de coordination26 460 CHFPart du salaire déjà couverte par l'AVS, retirée de la base de calcul
Salaire coordonné minimal3 780 CHFPlancher assuré si le salaire dépasse à peine le seuil d'entrée
Salaire annuel maximal assuré90 720 CHFPlafond du régime obligatoire ; au-delà, on entre dans le surobligatoire
Salaire coordonné maximal64 260 CHFBase de calcul maximale des cotisations obligatoires
Taux d'intérêt minimal LPP1,25 %Rémunération minimale de l'avoir de vieillesse obligatoire
Taux de conversion minimal6,8 %Transformation du capital obligatoire en rente annuelle
Rente AVS maximale (référence)2 520 CHF / moisSert d'indice à tous les montants-limites ci-dessus

Sources : Office fédéral des assurances sociales (OFAS), ordonnance sur la prévoyance professionnelle (OPP 2), décision du Conseil fédéral sur le taux d'intérêt minimal 2026.

II. Qu'est-ce que le 2ème pilier suisse (LPP) ?

Le 2ème pilier complète les prestations du 1er pilier avec un objectif constitutionnel clair : permettre, avec l'AVS, de maintenir environ 60 % du dernier salaire. Là où l'AVS fonctionne par répartition (les actifs financent les rentiers), la LPP repose sur la capitalisation individuelle : chaque franc versé par vous et votre employeur alimente votre propre compte de prévoyance.

L'affiliation est obligatoire dès qu'un employé perçoit un salaire annuel supérieur à 22 680 CHF (2026) auprès d'un même employeur. Deux seuils d'âge s'articulent avec ce seuil de revenu :

  • Dès le 1er janvier suivant les 17 ans révolus : couverture des risques décès et invalidité uniquement.
  • Dès le 1er janvier suivant les 24 ans révolus : début des cotisations d'épargne vieillesse.
Frontaliers et expatriés : la LPP s'applique par principe de territorialité. Un titulaire de permis G résidant en Haute-Savoie, dans l'Ain ou le Doubs, comme un titulaire de permis B installé sur l'arc lémanique, est assujetti exactement comme un résident suisse. Le passeport et le domicile ne changent rien. Les seules exceptions concernent les travailleurs détachés couverts par un formulaire A1 de leur pays d'origine — un cas détaillé dans notre guide LPP et travailleurs étrangers : les obligations de l'employeur.

III. Comment fonctionne le 2ème pilier ?

Les cotisations financent trois prestations distinctes :

  • Rente de vieillesse : pour la retraite.
  • Rente d'invalidité : en cas d'incapacité de gain durable, maladie ou accident.
  • Rente de survivant : pour le conjoint, le partenaire enregistré ou les enfants en cas de décès.

Le salaire coordonné : la vraie base de calcul

Le pourcentage de cotisation ne s'applique jamais au salaire brut total. La caisse en soustrait d'abord la déduction de coordination de 26 460 CHF, considérée comme déjà assurée par l'AVS. Ce qui reste est le salaire coordonné.

Exemple 2026 : pour un salaire brut annuel de 85 000 CHF, la caisse soustrait 26 460 CHF. Le salaire coordonné assuré est donc de 58 540 CHF. C'est sur ce montant, et lui seul, que sont prélevées les bonifications de vieillesse du régime obligatoire.

Deux garde-fous encadrent ce calcul : si le salaire coordonné obtenu est inférieur à 3 780 CHF, il est arrondi à ce plancher ; et il est plafonné à 64 260 CHF, car le régime obligatoire n'assure le salaire que jusqu'à 90 720 CHF.

Les bonifications de vieillesse et l'effort de l'employeur

La loi fixe des taux de bonification de vieillesse progressifs selon l'âge, appliqués au salaire coordonné :

ÂgeTaux de bonification (minimum légal)Sur un salaire coordonné de 58 540 CHF
25 à 34 ans7 %4 098 CHF / an
35 à 44 ans10 %5 854 CHF / an
45 à 54 ans15 %8 781 CHF / an
55 ans à l'âge de référence18 %10 537 CHF / an

L'obligation de l'employeur : l'article 66 LPP impose à l'employeur de prendre à sa charge au minimum 50 % du total des cotisations. Le montant retenu sur votre fiche de salaire est donc toujours au moins doublé par votre entreprise. De nombreuses caisses vont plus loin : répartition 60/40, voire 100 % employeur, suppression de la déduction de coordination, ou couverture du surobligatoire au-delà de 90 720 CHF. Ces trois points sont les premiers à vérifier sur votre certificat de prévoyance annuel.

La rémunération du capital

L'avoir de vieillesse obligatoire doit être rémunéré au moins au taux d'intérêt minimal LPP, fixé chaque automne par le Conseil fédéral. Pour 2026, il a été maintenu à 1,25 %, comme en 2024 et 2025. Sur la part surobligatoire, la caisse est libre de fixer un taux différent — parfois plus élevé, parfois plus bas.

IV. Calcul du 2ème pilier à la retraite

À l'âge de référence, le capital accumulé est converti en rente annuelle par le taux de conversion. La formule est simple : rente annuelle = capital accumulé × taux de conversion.

Le taux de conversion : 6,8 % ne s'applique qu'à une partie de votre capital

C'est le point le plus souvent mal compris. Le taux minimal légal de 6,8 % ne s'applique qu'à la part obligatoire de l'avoir (le « compte témoin LPP »). Sur la part surobligatoire, la caisse fixe librement son taux, souvent compris entre 5,0 % et 5,8 %. Beaucoup de caisses dites enveloppantes appliquent un taux unique et global sur l'ensemble de l'avoir, à condition que la rente qui en résulte reste au moins égale à celle qu'aurait produit le calcul légal sur la seule part obligatoire.

Exemple chiffré : avec un capital de 400 000 CHF, un taux de 6,8 % donne une rente de 27 200 CHF par an (2 267 CHF par mois). Le même capital converti à 5,3 % donne 21 200 CHF par an (1 767 CHF par mois), soit 6 000 CHF de moins chaque année. D'où l'importance de lire le taux réellement appliqué par votre caisse sur votre certificat, et pas seulement le taux légal.

L'âge de référence évolue jusqu'en 2028

La réforme AVS 21, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, harmonise progressivement l'âge de référence des femmes sur celui des hommes, fixé à 65 ans :

Femmes nées enÂge de référenceAnnée d'application
1960 et avant64 ansjusqu'en 2024
196164 ans et 3 mois2025
196264 ans et 6 mois2026
196364 ans et 9 mois2027
1964 et après65 ansdès 2028

Côté LPP, la retraite anticipée est possible dès 58 ans si le règlement de votre caisse le prévoit. Chaque année d'anticipation réduit la rente doublement : moins d'années de cotisation et d'intérêts, et un taux de conversion abaissé. Pour projeter votre propre situation, notre simulateur LPP interactif calcule le capital et la rente selon votre effort d'épargne.

V. Rente ou capital : comment trancher

À la retraite, la loi vous garantit le droit de retirer au moins 25 % de votre avoir obligatoire en capital. De nombreuses caisses autorisent bien davantage, souvent la totalité, moyennant un préavis (fréquemment trois ans, à vérifier dans le règlement).

CritèreRente viagèreCapital
SécuritéRevenu garanti à vie, quelle que soit la longévitéRisque d'épuisement si la gestion est mal calibrée
FiscalitéImposée chaque année comme un revenu ordinaireImposé une seule fois, à un barème réduit et séparé
TransmissionRente de conjoint généralement limitée à 60 %, rien au-delàLe solde non consommé entre dans la succession
SouplesseMontant figé, non indexé dans la plupart des caissesLiberté totale d'affectation et d'investissement
Exposition au changeConversion CHF vers EUR répétée chaque mois, à vieUne seule conversion, mais sur un montant très élevé

Le paramètre spécifique aux frontaliers : quel que soit votre choix, si vous vivez en zone euro, votre 2ème pilier devra être converti en euros. En rente, la conversion se répète 12 fois par an pendant 20 à 30 ans ; en capital, elle porte en une fois sur un montant à six chiffres. Dans les deux cas, la marge de change appliquée est le poste de coût le plus sous-estimé du dossier.

VI. Quand et comment peut-on récupérer son 2ème pilier ?

L'avoir de prévoyance est bloqué par principe. Il n'est libéré que dans des cas limitativement énumérés par la loi :

  • L'arrivée à l'âge de référence, ou une retraite anticipée dès 58 ans selon le règlement de la caisse.
  • L'achat ou l'amortissement d'une résidence principale (encouragement à la propriété du logement, EPL).
  • Le départ définitif de la Suisse, sous conditions détaillées ci-dessous.
  • Le passage à une activité indépendante en Suisse, sans affiliation obligatoire à la prévoyance professionnelle.
  • Un avoir de très faible montant, inférieur à la cotisation annuelle du salarié.

En dehors de ces cas, un changement d'employeur ne donne jamais lieu à un versement en espèces : la prestation de libre passage suit l'assuré vers la nouvelle caisse, ou est déposée sur un compte de libre passage en attendant.

Pour les frontaliers, rapatrier ces fonds avec ibani permet d'éviter la marge de change des banques traditionnelles et en ligne. Faites le calcul ci-dessous.

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VII. Les différents scénarios de retrait

Retrait pour l'achat d'un logement (EPL)

C'est le motif de retrait anticipé le plus fréquent. Le 2ème pilier peut financer les fonds propres lors de l'achat d'une résidence principale, ou amortir une hypothèque existante. Trois règles à connaître :

  • Le montant minimal de retrait est de 20 000 CHF, et l'opération n'est possible que tous les cinq ans.
  • Après 50 ans, le montant est plafonné au plus élevé des deux montants suivants : la prestation de libre passage acquise à 50 ans, ou la moitié de la prestation actuelle.
  • Le bien peut se situer à l'étranger, y compris en France, dès lors qu'il s'agit du logement effectivement habité. Notre guide dédié détaille la procédure : rapatrier son 2ème pilier pour un achat immobilier à l'étranger.

Attention : le retrait réduit mécaniquement la rente future et la couverture décès/invalidité. La caisse fait par ailleurs inscrire une restriction du droit d'aliéner au registre foncier suisse ; pour un bien situé à l'étranger, elle exige en général une garantie équivalente.

Retrait pour exercer une activité indépendante

Le versement en espèces de la totalité de la prestation de libre passage est possible si vous devenez indépendant en Suisse et n'êtes plus soumis à la prévoyance professionnelle obligatoire. Il faut produire l'attestation d'affiliation en qualité d'indépendant délivrée par la caisse de compensation AVS, et déposer la demande dans l'année qui suit le début de l'activité. Se mettre à son compte en France ne donne pas ce droit.

Retrait en cas de départ définitif de la Suisse

C'est la situation qui concerne le plus de frontaliers et d'expatriés. Le sort de l'avoir dépend entièrement du pays de destination :

DestinationPart obligatoirePart surobligatoire
Hors UE / AELE
Royaume-Uni, Canada, Émirats, Singapour…
Versement en espèces possibleVersement en espèces possible
UE / AELE avec assurance sociale obligatoire
France, Allemagne, Italie, Espagne, Portugal…
Bloquée sur un compte de libre passage en SuisseVersement en espèces possible
UE / AELE sans assujettissement obligatoire
cas rares : inactivité, statut particulier
Versement possible sur preuve de non-assujettissementVersement en espèces possible

Concrètement, un frontalier qui rentre travailler en France reste obligatoirement affilié à un régime de sécurité sociale d'État. Sa part obligatoire est donc transférée sur un compte ou une police de libre passage en Suisse, où elle continue de fructifier. Elle peut être versée au plus tôt cinq ans avant l'âge de référence, donc dès 60 ans, et au plus tard cinq ans après — un report au-delà de l'âge de référence exigeant depuis 2024 la preuve d'une activité lucrative poursuivie.

Le réflexe à avoir avant de partir : demandez la vérification de l'assujettissement auprès du Fonds de garantie LPP (organe de liaison compétent), choisissez vous-même votre institution de libre passage et communiquez ses coordonnées à votre caisse. À défaut d'instruction de votre part, l'avoir est transféré d'office à la Fondation institution supplétive LPP après deux ans, où il est souvent moins bien rémunéré.

VIII. La fiscalité du retrait en capital

Un versement en capital n'est jamais ajouté au revenu ordinaire : il est imposé séparément, à un barème réduit. Pour un frontalier, l'opération se déroule en trois temps.

  1. Impôt à la source en Suisse. La caisse ou la fondation de libre passage prélève l'impôt avant versement. Le taux dépend du canton du siège de l'institution de prévoyance, et non de votre ancien canton de travail : selon les cas, cela va d'environ 4 % à plus de 10 % pour un capital important. Les écarts entre cantons sont considérables sur des montants à six chiffres.
  2. Imposition dans le pays de résidence. En vertu de la convention de double imposition franco-suisse, le capital est imposable en France. Il peut y relever du prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % après abattement de 10 % (art. 163 bis II du Code général des impôts), soit 6,75 % effectifs, à condition notamment que le versement intervienne en une seule fois et que les cotisations aient été déductibles. Un versement volontairement fractionné fait perdre le bénéfice de ce régime.
  3. Remboursement de l'impôt suisse. Sur présentation d'une attestation de résidence fiscale et de la preuve de l'imposition en France, l'impôt à la source suisse est intégralement remboursé. La demande doit être adressée à l'administration fiscale du canton concerné, en principe dans les trois ans. Une part importante des frontaliers ne réclame jamais ce remboursement et laisse plusieurs milliers de francs à l'administration.

Le coût que personne ne chiffre : le change

Sur un capital de 400 000 CHF rapatrié en euros, une marge de change de 1,5 % — l'ordre de grandeur couramment appliqué par une banque classique sur une opération de ce type — représente 6 000 CHF. C'est souvent plus que l'impôt français dû sur ce même capital au taux de 6,75 %, et bien plus que tous les frais administratifs du dossier réunis.

Ce que change ibani : vous indiquez l'IBAN suisse nominatif fourni par ibani directement sur le formulaire de votre caisse de pension. À réception, votre capital est converti au taux du marché, avec des frais annoncés à l'avance et affichés avant validation. Vous suivez le cours EUR/CHF en direct sur notre page taux CHF/EUR et déclenchez l'opération au moment qui vous convient.

IX. Ce qui a changé (et ce qui n'a pas changé) en 2026

La réforme LPP a été rejetée : le taux de conversion reste à 6,8 %

Le 22 septembre 2024, le peuple suisse a rejeté la réforme de la prévoyance professionnelle par 67,1 % de non. Le projet prévoyait d'abaisser le taux de conversion minimal de 6,8 % à 6,0 %, de réduire de moitié la déduction de coordination et d'abaisser le seuil d'entrée, avec un supplément de rente compensatoire pour quinze générations. Rien de tout cela n'est entré en vigueur : les paramètres légaux de 2026 sont ceux d'avant la réforme. Aucun nouveau projet n'a abouti depuis.

Le taux d'intérêt minimal reste à 1,25 %

Sur recommandation de la Commission fédérale LPP, le Conseil fédéral a maintenu le taux d'intérêt minimal à 1,25 % au 1er janvier 2026, invoquant le rendement modeste des obligations de la Confédération et les incertitudes économiques et géopolitiques. C'est la troisième année consécutive à ce niveau.

La hausse de l'impôt sur les retraits en capital a été abandonnée

Dans le cadre du programme d'allègement budgétaire 2027, le Conseil fédéral proposait d'alourdir l'imposition fédérale des prestations en capital du 2e pilier et du pilier 3a, via un nouveau barème progressif de l'article 38 LIFD (taux marginaux montant jusqu'à 11,5 % sur les très gros retraits). Après une opposition marquée en consultation, le Parlement a écarté cette mesure du paquet en mars 2026. Le barème actuel, plus favorable, reste donc applicable — mais le sujet est susceptible de revenir dans un futur projet fiscal.

13e rente AVS : premier versement en décembre 2026

La 13e rente AVS, acceptée en votation en mars 2024, sera versée pour la première fois en décembre 2026, sous la forme d'un supplément à la rente de décembre égal à un douzième de la somme des rentes de vieillesse de l'année. Son coût est estimé à environ 4,2 milliards de francs pour 2026. Le Parlement a retenu un financement par la TVA, dont le taux normal doit passer de 8,1 % à 8,5 % au 1er décembre 2026 ; cette hausse est soumise à la votation populaire obligatoire. Cela concerne directement votre 1er pilier, et donc le calcul du revenu global dont votre LPP doit assurer le complément — voir notre guide sur la rente AVS maximale.

X. Optimiser son 2ème pilier : rachats, échelonnement, change

Les rachats volontaires

Si votre certificat de prévoyance affiche un potentiel de rachat (lacune due à des années de formation, une arrivée tardive en Suisse ou une progression salariale), vous pouvez verser volontairement ce montant. Il est déductible du revenu imposable l'année du versement, ce qui en fait l'un des leviers fiscaux les plus puissants pour un salarié en Suisse.

La règle des trois ans : l'article 79b al. 3 LPP interdit tout retrait en capital dans les trois années qui suivent un rachat. Racheter puis retirer son capital trop vite expose à une reprise de la déduction fiscale. Les frontaliers imposés à la source doivent par ailleurs vérifier leur possibilité effective de faire valoir la déduction, généralement via une taxation ordinaire ultérieure ou le statut de quasi-résident.

L'échelonnement des retraits

L'impôt sur les prestations en capital étant progressif, retirer 500 000 CHF en une fois coûte proportionnellement plus cher que deux retraits de 250 000 CHF espacés dans le temps. Les cantons additionnent toutefois les prestations perçues la même année, et souvent celles du conjoint. À l'inverse, pour un résident français, le fractionnement volontaire fait perdre le bénéfice du prélèvement forfaitaire à 7,5 %. Les deux logiques fiscales s'opposent : l'arbitrage doit se faire avec un conseiller qui maîtrise les deux systèmes.

Le change, poste de coût maîtrisable

C'est le seul des trois leviers que vous contrôlez entièrement, sans dépendre d'un règlement de caisse ni d'une administration. Que vous perceviez une rente mensuelle ou un capital unique, comparer le taux réellement appliqué — et non le taux affiché — sur la conversion CHF vers EUR change le résultat de plusieurs milliers de francs. Nos guides sur le rapatriement de revenus depuis la Suisse et les déductions fiscales du frontalier complètent le sujet.

XI. Assurance de survie et invalidité

Le 2ème pilier n'est pas qu'un plan d'épargne : il couvre aussi les risques d'invalidité et de décès, et ce dès le 1er janvier suivant les 17 ans, bien avant le début des cotisations d'épargne. Les bénéficiaires sont :

  • Le conjoint survivant ou le partenaire enregistré, sous réserve des conditions du règlement (durée du mariage, âge, enfants à charge). La rente légale correspond à 60 % de la rente d'invalidité ou de vieillesse.
  • Les enfants jusqu'à 18 ans, ou 25 ans s'ils poursuivent des études ou sont en apprentissage. La rente d'orphelin correspond à 20 % de la rente de référence.
  • Le concubin, uniquement si le règlement de la caisse le prévoit et si vous avez déposé une déclaration de son vivant. Ce point est fréquemment négligé et prive chaque année des partenaires non mariés de toute prestation.

En cas d'invalidité, la rente est calculée sur l'avoir de vieillesse projeté jusqu'à l'âge de référence, comme si vous aviez continué à cotiser. Elle est versée après le délai d'attente prévu, en complément de la rente AI du 1er pilier.

XII. Conclusion

Le 2ème pilier est la pièce maîtresse de la retraite d'un salarié en Suisse, et le rejet de la réforme en septembre 2024 a figé ses paramètres : seuil d'entrée à 22 680 CHF, déduction de coordination à 26 460 CHF, intérêt minimal à 1,25 % et taux de conversion à 6,8 % restent la référence en 2026. Trois réflexes concrets valent pour tout le monde : lire son certificat de prévoyance chaque année pour connaître le taux de conversion réellement appliqué, choisir soi-même son institution de libre passage avant de quitter la Suisse plutôt que de laisser l'avoir partir d'office à l'institution supplétive, et réclamer le remboursement de l'impôt à la source suisse après imposition dans son pays de résidence.

Et sur la dernière étape — la conversion des francs en euros — c'est vous qui décidez du prestataire. Rapatrier sa rente ou son capital via ibani, plutôt que par un virement bancaire classique, économise la marge de change sur des montants qui se comptent en centaines de milliers de francs.

Questions / Réponses

En 2026, il faut percevoir un salaire annuel brut supérieur à 22 680 CHF auprès d'un même employeur pour être assuré à titre obligatoire à la LPP. La déduction de coordination s'élève à 26 460 CHF et le salaire annuel maximal assuré à 90 720 CHF. Ces montants sont inchangés par rapport à 2025.


Le taux de conversion minimal légal reste fixé à 6,8 % sur la part obligatoire en 2026. La réforme LPP qui prévoyait de l'abaisser à 6,0 % a été rejetée en votation populaire le 22 septembre 2024 par 67,1 % des votants. Sur la part surobligatoire, les caisses sont libres et appliquent souvent un taux compris entre 5,0 % et 5,8 %.


Chaque année, votre caisse de pension vous adresse un certificat de prévoyance. Il indique votre avoir de vieillesse total, la part obligatoire (compte témoin LPP) et la part surobligatoire, le salaire coordonné assuré, le potentiel de rachat et la rente projetée à l'âge de référence.


Non, il ne vous est pas versé en espèces : votre prestation de libre passage est transférée à la caisse de pension de votre nouvel employeur. Si vous ne reprenez pas immédiatement un emploi en Suisse, elle est placée sur un compte ou une police de libre passage jusqu'à votre prochaine affiliation.


Seulement en partie. S'il s'installe dans un État de l'UE ou de l'AELE et y est soumis obligatoirement à l'assurance vieillesse, invalidité et survivants de ce pays, seule la part surobligatoire peut lui être versée en espèces. La part obligatoire reste bloquée sur un compte de libre passage en Suisse et peut être versée au plus tôt cinq ans avant l'âge de référence. Le départ vers un pays hors UE ou AELE permet en revanche le retrait intégral.


La caisse de pension prélève d'abord un impôt à la source en Suisse, dont le taux dépend du canton du siège de l'institution de prévoyance. En vertu de la convention de double imposition franco-suisse, le capital est ensuite imposable en France, où il peut relever du prélèvement forfaitaire libératoire de 7,5 % après abattement de 10 %, soit 6,75 % effectifs, si le versement intervient en une fois. Sur présentation de l'avis d'imposition français, l'impôt à la source suisse est remboursé.


Les fonds sont transférés sur un compte ou une police de libre passage de votre choix. Vous devez communiquer les coordonnées de cette institution à votre ancienne caisse ; à défaut, l'avoir est versé à la Fondation institution supplétive LPP après deux ans. La couverture des risques décès et invalidité reste assurée pendant un mois après la fin des rapports de travail.


Oui, mais le montant est plafonné. Après 50 ans, vous ne pouvez retirer que le plus élevé des deux montants suivants : votre prestation de libre passage telle qu'elle était à vos 50 ans, ou la moitié de votre prestation de libre passage actuelle. Le retrait minimal est de 20 000 CHF et n'est possible que tous les cinq ans.

Méthodologie et sources. Montants-limites 2026 et taux d'intérêt minimal : Office fédéral des assurances sociales (OFAS) et décision du Conseil fédéral d'octobre 2025. Cadre légal : LPP (art. 2, 7, 8, 16, 66, 79b), LFLP (art. 5) et OLP (art. 16). Résultat de la votation du 22 septembre 2024 sur la réforme LPP : Chancellerie fédérale. Traitement des prestations en capital dans le programme d'allègement budgétaire 2027 : décisions parlementaires de la session de printemps 2026. 13e rente AVS et financement par la TVA : OFAS et votations finales du Parlement. Fiscalité française du capital de prévoyance suisse : art. 163 bis II du Code général des impôts et convention de double imposition franco-suisse.

Avertissement. Cet article est fourni à titre informatif et reflète l'état du droit au 10 août 2026. La fiscalité transfrontalière de la prévoyance est complexe et dépend de votre canton, de votre pays de résidence et du règlement de votre caisse de pension. Consultez votre institution de prévoyance et un conseiller fiscal avant tout retrait.

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