Une masse salariale en francs se répartissant vers plusieurs devises, avec un seuil de salaire minimum à ne pas franchir

Paie multi-devises depuis la Suisse : payer un collaborateur dans sa monnaie sans se mettre en risque

Clock icon Lecture : 18 minutes | Mise à jour : 16 septembre 2026

Par Brice DELHOME

📌 En bref : ce qui est permis, et ce qui coûte cher
  • Payer dans une autre monnaie que le franc est licite. Le Tribunal fédéral écrit que les parties peuvent « incontestablement » en convenir. La règle de l'article 323b alinéa 1 du Code des obligations n'est pas impérative.
  • Ce qui est sanctionné, c'est le résultat. Une clause de conversion qui fait toucher au collaborateur moins qu'à un collègue payé en francs a été jugée nulle : discrimination indirecte fondée sur le domicile. L'employeur a dû verser 18 881 francs d'arriérés.
  • La signature du salarié ne protège pas. Les droits tirés de l'accord sur la libre circulation sont impératifs : le travailleur ne peut pas y renoncer, et l'avenant signé devient une pièce à charge plutôt qu'une protection.
  • Une question commande tout le reste : où le travail est-il exécuté ? En Suisse, la paie et les cotisations restent en francs et c'est le minimum cantonal qui s'applique après conversion. Depuis l'étranger, au-delà des seuils, c'est le régime et le minimum du pays de résidence.
  • L'option la plus sobre est de ne pas convertir du tout : verser des francs sur un IBAN suisse au nom du collaborateur, et le laisser convertir. Aucune clause à signer, aucun seuil à surveiller à chaque variation de cours.

Une entreprise suisse qui emploie hors de ses frontières finit toujours par se poser la même question : faut-il verser le salaire en francs, ou dans la monnaie où le collaborateur vit ? Le sujet paraît administratif. Il ne l'est pas : une clause de conversion mal calibrée s'est déjà soldée par une condamnation à verser des arriérés de salaire, et l'accord écrit du collaborateur n'y a rien changé. Ce guide sépare ce que le droit autorise de ce qu'il sanctionne, puis compare les quatre montages qui existent réellement.

1. Pourquoi une entreprise suisse en arrive à payer dans une autre devise

Ce n'est presque jamais un choix de confort. Trois situations y conduisent, et elles n'appellent pas les mêmes réponses.

L'attractivité et la rétention

Un collaborateur payé en francs alors qu'il vit en zone euro subit deux prélèvements que son bulletin de salaire ne montre pas : les frais de son établissement à la réception, et l'écart entre le cours du marché et celui qui lui est appliqué. Sur un salaire mensuel, cet écart se compte en dizaines d'euros ; sur une carrière, en milliers. L'employeur qui absorbe ou supprime cette friction offre un avantage réel, immédiatement perceptible, et qui ne passe pas par une augmentation.

La conformité locale

Dès que le travail s'exécute à l'étranger, le pays de résidence peut revendiquer le rattachement social du collaborateur, ses propres règles de paie et son propre salaire minimum, libellé dans sa monnaie. La devise n'est alors plus un geste commercial : elle découle du régime applicable. C'est le cas le plus souvent mal identifié, et la section 4 lui est consacrée.

La simplification opérationnelle

Plutôt que d'ouvrir une entité dans chaque pays, beaucoup d'entreprises confient la paie locale à un tiers, souvent un Employer of Record, qui devient l'employeur juridique sur place. La paie multi-devises est alors gérée par le prestataire. Cette voie est réelle, mais elle a un coût par collaborateur et elle ne couvre pas tous les cas : elle est comparée aux autres en section 7.

💡 Une distinction à poser d'emblée : verser un salaire dans une autre devise et confier la paie à l'étranger sont deux décisions différentes. On peut parfaitement payer en euros un collaborateur qui relève entièrement de la paie suisse, et inversement employer quelqu'un sous régime étranger en raisonnant en francs. Les confondre est l'erreur la plus fréquente.

2. Est-ce seulement autorisé ?

Oui, et la réponse est plus nette qu'on ne le croit généralement. L'article 323b alinéa 1 du Code des obligations prévoit le paiement du salaire en monnaie ayant cours légal, mais cette règle n'est pas impérative : les parties peuvent y déroger par accord, comme le peut un usage local. Le Tribunal fédéral l'a formulé sans réserve : « Dans une relation contractuelle soumise au droit suisse (art. 121 al. 1 LDIP), les parties peuvent incontestablement convenir que le salaire sera payé dans une autre monnaie que le franc suisse. »

Autrement dit, la devise employée n'est pas en soi le problème. Un contrat peut valablement prévoir un salaire en euros, en dollars ou en livres. Ce que le droit examine, c'est ce que le collaborateur reçoit réellement, et comment ce montant se compare à deux références : le salaire minimum applicable, et la rémunération de ses collègues placés dans une situation comparable.

3. Alors pourquoi cette entreprise a-t-elle dû payer 18 881 francs ?

Parce qu'elle avait construit sa clause dans le mauvais sens. Les faits, jugés par le Tribunal fédéral le 15 janvier 2019, méritent d'être connus de tout service RH qui envisage une clause de conversion.

Une entreprise industrielle suisse fait signer en septembre 2011 un avenant au contrat de travail : si le franc suisse passe sous 1,30 pour un euro pendant trois mois consécutifs, le salaire sera converti en euros à un taux fixe de 1,30 et versé sur un compte en euros. La clause s'applique de janvier 2012 à juin 2015. Le franc étant nettement plus fort que 1,30 sur la période, les collaborateurs concernés reçoivent, une fois reconverti, moins que leurs collègues payés en francs.

Ce que le Tribunal fédéral a retenu

Le litige ne portait pas sur la licéité du paiement en euros, expressément admise. Il portait, dans les termes de l'arrêt, sur « le point de savoir s'il est contraire à l'Accord du 21 juin 1999 sur la libre circulation des personnes de verser aux travailleurs frontaliers un salaire en euros, qui se révèle moindre que la rémunération versée en francs suisses aux travailleurs résidant en Suisse ».

La réponse a été affirmative, sur le fondement de l'article 9 de l'annexe I de l'accord sur la libre circulation. Le raisonnement mérite d'être suivi pas à pas, parce qu'il vaut bien au-delà du cas jugé :

Étape du raisonnementCe qu'elle implique pour un employeur
L'accord prohibe la discrimination directe et indirecte. La première se fonde sur la nationalité ; la seconde aboutit, « par l'application d'autres critères », au même effet.Un critère apparemment neutre — le lieu de domicile, le compte de destination, la devise — suffit à faire entrer la clause dans le champ de l'interdiction.
L'article 9 alinéas 1 et 4 de l'annexe I est « suffisamment précis et clair pour être directement applicable ».Le collaborateur peut s'en prévaloir devant le juge civil sans passer par une transposition en droit interne.
L'employeur « n'exposait pas avoir examiné si d'autres mesures non discriminatoires étaient envisageables » pour atteindre son but.Le test de proportionnalité se perd faute d'avoir cherché une alternative. Documenter les options écartées n'est pas une formalité : c'est ce qui a manqué à l'employeur dans cette affaire.
L'avenant est nul au sens de l'article 9 alinéa 4 de l'annexe I.La clause ne produit aucun effet, et la différence de salaire est due rétroactivement sur toute la période d'application.
Les dispositions anti-discrimination étant impératives, le collaborateur « ne pouvait pas renoncer aux droits découlant dudit traité » (article 341 du Code des obligations).La signature ne vaut pas renonciation. L'avenant signé documente la clause litigieuse au lieu de l'immuniser.

L'entreprise a été condamnée à verser 18 881 francs à ce seul collaborateur, « à titre de différence de salaire pour le salaire payé en euro avec taux de change de 1,30 ». Un tribunal arbitral de branche avait déjà, en septembre 2012, retenu la même violation et constaté la nullité d'avenants similaires.

⚠️ Ce qu'il faut en retenir, et ce qu'il ne faut pas en conclure : l'arrêt ne condamne ni le paiement en devise étrangère, ni le fait de proposer une conversion. Il condamne un montage dans lequel le taux retenu était défavorable et figé, appliqué à une catégorie de personnel identifiée par son domicile, et aboutissant à une rémunération inférieure. Une conversion au cours réel du marché, appliquée sans distinction de domicile, ne se trouve pas dans cette situation.

4. Où votre collaborateur travaille-t-il vraiment ?

C'est la question qui commande tout le reste, et elle porte sur le lieu d'exécution du travail, pas sur le lieu de résidence ni sur la nationalité. Le principe d'unicité posé par le règlement européen 883/2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale, applicable à la Suisse par l'accord sur la libre circulation, rattache une personne à la législation d'un seul État à la fois — en principe celui où elle exerce son activité.

SituationRattachement socialDevise de la paie et des cotisationsSalaire minimum applicable
Le collaborateur vient travailler en Suisse (résident ou frontalier)SuisseFrancs. AVS, AI et prévoyance professionnelle sont retenues en francs sur la fiche de paie suisse, quelle que soit la devise du net verséMinimum cantonal suisse, le cas échéant, apprécié après conversion
Le collaborateur travaille depuis l'étranger de façon substantiellePays de résidence, au-delà des seuilsMonnaie locale, selon les règles de paie localesMinimum légal du pays de résidence, dans sa monnaie
Le collaborateur est détaché depuis la Suisse pour une mission temporaireSuisse maintenue, sur attestation A1Francs, en principeRègles du pays d'accueil sur le noyau dur des conditions de travail

Pour le travail à distance depuis un pays voisin, deux seuils distincts se surveillent en parallèle, et ils ne coïncident pas : une limite fiscale et une limite sociale, cette dernière étant la plus haute. Nous les détaillons, avec les justificatifs à conserver et le rôle de l'attestation A1, dans notre guide du télétravail transfrontalier. Franchir le seuil social fait basculer le collaborateur sous le régime de son pays de résidence : l'employeur suisse doit alors s'y faire connaître et y verser les cotisations, dans la monnaie locale — et c'est là, et seulement là, que la devise devient une obligation plutôt qu'un choix.

💡 L'erreur d'analyse la plus répandue : croire que les autorités du pays de résidence exigent, en toute hypothèse, que les cotisations soient calculées et versées dans leur monnaie. C'est vrai lorsque le collaborateur relève de leur régime, et faux lorsqu'il vient travailler en Suisse. Dans ce second cas, aucune règle n'impose l'euro : le verser reste une décision de l'employeur, avec les conséquences examinées plus haut.

5. Quel salaire minimum, et à quel cours ?

Il n'existe pas de salaire minimum fédéral en Suisse. Cinq cantons en ont institué un, et il s'impose quelle que soit la devise dans laquelle le salaire est versé : c'est l'équivalent en francs, au moment du paiement, qui doit atteindre le seuil.

CantonSalaire minimum horaire 2026Remarque
Genève24,59 CHFLe plus élevé de Suisse. Montant publié par le canton, indexé chaque année
Bâle-Ville22,20 CHFIndemnités de vacances et de jours fériés en sus du taux horaire
Jura21,40 CHF
Neuchâtel21,35 CHF
Tessin20,00 à 20,50 CHFVariable selon le secteur ; indemnités en sus

Relevé du 16 septembre 2026. Le montant genevois est celui publié par la République et canton de Genève ; les quatre autres sont donnés à titre indicatif et doivent être confirmés auprès du canton concerné avant toute application, ces seuils étant indexés chaque année. Une convention collective peut par ailleurs imposer un minimum de branche supérieur au minimum cantonal.

Le cours à retenir, et la date

Le seuil s'apprécie à chaque échéance de paie, sur la base du montant effectivement versé. Trois conséquences pratiques :

  • un salaire conforme en janvier peut ne plus l'être en octobre si la devise de versement s'est dépréciée, sans que rien n'ait changé au contrat ;
  • retenir un cours de référence public et vérifiable, et le documenter sur le décompte de salaire, évite d'avoir à justifier a posteriori d'un taux interne ;
  • le contrôle doit être fait par l'employeur, de sa propre initiative. Il n'existe pas de mécanisme qui alerte automatiquement lorsque le seuil est franchi.

Simulateur : le salaire versé en devise passe-t-il le minimum cantonal ?

Ce simulateur convertit le montant versé, le ramène à un taux horaire en francs et le compare au seuil cantonal. Il indique surtout le cours de bascule : celui à partir duquel le seuil cesse d'être atteint, et qu'il faut donc surveiller.

Le cours s'exprime en francs pour une unité de la devise versée : 0,95 signifie qu'une unité de cette devise vaut 0,95 CHF. C'est la convention retenue dans les deux simulateurs de cette page. Le calcul porte sur le salaire brut soumis au minimum cantonal ; les indemnités de vacances et de jours fériés, qui s'ajoutent au taux horaire dans certains cantons, ne sont pas prises en compte. Cet outil est indicatif : il ne remplace pas la vérification du seuil en vigueur auprès du canton et ne constitue pas une appréciation juridique de la conformité du salaire.

6. Qui porte le risque de change ?

Toute paie transfrontalière répond implicitement à cette question, et la réponse se lit dans la façon dont le contrat est rédigé.

Rédaction du contratQui supporte la variationAppréciation
Montant fixé en francs, converti au cours du jourLe collaborateur, qui reçoit un montant variable dans sa monnaieSituation la plus courante et la plus défendable : la dette de l'employeur est constante
Montant fixé dans la devise étrangèreL'employeur, dont le coût en francs varieParfaitement licite, mais la masse salariale devient sensible au cours
Montant fixé en francs, converti à un taux contractuel figéCelui que le cours dessert — en pratique, le collaborateurMontage sanctionné dès lors qu'il aboutit à une rémunération inférieure
Clause d'indexation réduisant le salaire quand la monnaie évolueLe collaborateurRevient à lui transférer un risque économique qui incombe à l'entreprise

La troisième et la quatrième ligne sont les deux montages à écarter. Elles partagent le même défaut : elles font supporter au salarié une variation qui relève de l'exploitation de l'entreprise, et elles produisent, sur la durée, un écart mesurable avec les collègues rémunérés en francs. Cet écart est exactement ce qu'un tribunal chiffrera.

Simulateur : l'écart avec un collègue payé en francs

Ce second outil chiffre l'exposition. Il compare ce que reçoit un collaborateur dont le salaire est converti à un taux contractuel figé, et ce qu'il aurait reçu au cours réel, puis cumule la différence sur la durée d'application de la clause — la logique même des 18 881 francs de l'arrêt de 2019.

Les deux cours s'expriment en francs pour une unité de devise, comme dans le simulateur précédent : un taux contractuel figé à 1,30 alors que le marché est à 1,05 signifie que le collaborateur reçoit moins de devises que le cours réel ne lui en donnerait. Le calcul isole l'effet du taux figé, par collaborateur concerné. Il ne préjuge d'aucune décision de justice : il chiffre l'écart qu'une clause de ce type produit, lequel constitue l'assiette d'une éventuelle demande d'arriérés. Multipliez par le nombre de collaborateurs soumis à la même clause pour obtenir l'exposition de l'entreprise.

7. Les quatre montages possibles, et ce qu'ils impliquent

Le Tribunal fédéral reproche à l'employeur de ne pas avoir examiné d'autres mesures. Voici celles qui existent, avec ce qu'elles coûtent et ce qu'elles règlent.

MontageCe que fait l'employeurCe que ça règleCe que ça ne règle pas
1. Verser des francs sur un IBAN suisse au nom du collaborateurRien de particulier : un virement en francs vers un IBAN suisse, comme pour tout autre salariéAucune clause de conversion à rédiger, aucune différence de traitement, seuil du minimum apprécié directement sur le montant versé. Le collaborateur convertit quand il le décideNe dispense pas d'examiner le rattachement social si le travail s'exécute à l'étranger
2. Convertir côté employeur à un cours de référence publicConvertit au cours du jour, documenté sur le décompte, sans distinction de domicileLe collaborateur reçoit sa monnaie sans démarche ; le cours est vérifiableSuppose de contrôler le minimum cantonal à chaque échéance, et de tenir la traçabilité du cours retenu
3. Créer une entité localeEmploie directement dans le pays de résidenceConformité locale complète, y compris salaire minimum et cotisationsCoût et délai de constitution, obligations comptables et fiscales permanentes. Disproportionné sous quelques collaborateurs
4. Passer par un Employer of RecordConfie l'emploi juridique à un prestataire établi sur placePaie, cotisations et minimum local pris en charge, sans entité à créerCoût par collaborateur et par mois ; dépendance au prestataire ; sans objet pour un collaborateur qui vient travailler en Suisse

Les montages 3 et 4 répondent à une question de rattachement : ils s'imposent lorsque le collaborateur relève d'un régime étranger. Les montages 1 et 2 répondent à une question de devise : ils concernent le collaborateur qui reste rattaché à la paie suisse. Les confondre conduit soit à créer une entité dont on n'a pas besoin, soit à laisser un salarié sous un régime qui n'est plus le sien.

Pourquoi le premier montage est le plus sobre

Il mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il est souvent écarté par méconnaissance. L'obstacle historique était pratique : un collaborateur résidant hors de Suisse n'obtenait pas facilement un IBAN suisse à son nom, ou le payait cher. Ce n'est plus une fatalité : ibani, intermédiaire financier et non une banque, délivre un IBAN suisse nominatif au nom du collaborateur, sur lequel l'employeur verse des francs comme il le ferait pour n'importe quel salarié — sans ouverture de compte bancaire, sans carte ni crédit. La conversion vers l'euro, et le moment où elle intervient, appartiennent ensuite au collaborateur.

Lorsque le collaborateur relève de la paie suisse, l'intérêt pour l'employeur n'est pas tarifaire, il est contractuel et opérationnel : il n'y a plus de clause de conversion dans le contrat, donc plus de taux à négocier, plus de différence de traitement à justifier sur ce terrain, et plus de seuil de salaire minimum à recalculer à chaque variation de cours. La paie reste dans une seule devise. Ce montage ne dispense en revanche ni d'examiner le rattachement social, ni de vérifier le minimum applicable si le travail s'exécute à l'étranger. Notre page entreprises détaille le fonctionnement, et le guide optimiser le paiement des fournisseurs étrangers traite du volet non salarial. Pour le cas particulier du frontalier, qui obéit à des règles propres de permis et d'impôt à la source, voyez notre checklist employeur.

8. La checklist de conformité RH

À dérouler avant de mettre en place un versement en devise étrangère, et à reprendre à chaque changement de situation d'un collaborateur.

  • Déterminer le lieu d'exécution du travail, et non le lieu de résidence. C'est lui qui fixe le rattachement social et le minimum applicable.
  • Mesurer la part de travail effectuée depuis l'étranger et la comparer aux seuils fiscal et social, qui ne coïncident pas.
  • Vérifier l'existence d'une convention collective applicable à l'entreprise : elle peut imposer un minimum de branche supérieur au minimum cantonal, et prévoir ses propres règles sur la monnaie de paiement.
  • Écrire le salaire en francs dans le contrat si le collaborateur relève de la paie suisse, et traiter la devise de versement comme une modalité de paiement, non comme une clause de fixation du salaire.
  • Bannir les taux contractuels figés défavorables et les clauses d'indexation qui réduisent la rémunération selon le cours. Un taux figé qui profite au collaborateur ne pose pas le même problème.
  • Appliquer la même règle à tous, indépendamment du domicile : c'est la différence de traitement, et non la conversion, qui fonde la discrimination indirecte.
  • Documenter le cours retenu sur le décompte de salaire, et conserver la source du cours.
  • Contrôler le seuil du salaire minimum à chaque échéance, et pas seulement à l'embauche.
  • Conserver la trace des alternatives examinées et des motifs de leur rejet : c'est la pièce que le juge a reproché à l'employeur de ne pas produire.
✅ Le réflexe qui simplifie le reste : demandez-vous si la conversion doit vraiment être faite par l'entreprise. Dans la majorité des cas où le collaborateur reste rattaché à la paie suisse, la réponse est non — et la moitié de cette checklist devient sans objet.

9. Questions fréquentes

Oui, si les parties en conviennent. Le Tribunal fédéral l'a formulé sans ambiguïté dans son arrêt 4A_215/2017 du 15 janvier 2019 : dans une relation contractuelle soumise au droit suisse, les parties peuvent incontestablement convenir que le salaire sera payé dans une autre monnaie que le franc suisse. La règle de l'article 323b alinéa 1 du Code des obligations, qui prévoit le paiement en monnaie ayant cours légal, n'est pas impérative : un accord des parties ou un usage local peut y déroger. Ce qui est sanctionné, ce n'est donc pas la devise employée, mais le résultat auquel la conversion aboutit.

Parce qu'elle peut produire une discrimination indirecte. Dans l'affaire jugée le 15 janvier 2019, un employeur suisse avait fait signer un avenant prévoyant qu'au-delà d'un certain cours, le salaire serait converti en euros à un taux fixe de 1,30. Les collaborateurs concernés touchaient de ce fait moins que leurs collègues payés en francs. Le Tribunal fédéral a confirmé la nullité de l'avenant sur le fondement de l'article 9 alinéa 4 de l'annexe I de l'accord sur la libre circulation des personnes : la différence de traitement reposait sur le lieu de domicile et non sur la nationalité, ce qui constitue une discrimination indirecte. L'employeur a été condamné à verser 18 881 francs de différence de salaire.

Non, lorsque la clause porte atteinte à un droit auquel le salarié ne peut pas renoncer. Le Tribunal fédéral a rappelé que les dispositions de l'accord sur la libre circulation qui interdisent la discrimination sont de nature impérative, et que le travailleur ne pouvait donc pas renoncer aux droits qui en découlent, en application de l'article 341 du Code des obligations. Une signature au bas d'un avenant ne purge pas le vice : elle laisse au contraire une trace écrite de la clause contestée.

Celui du lieu où le travail est exécuté, apprécié après conversion. Si le collaborateur travaille en Suisse dans un canton doté d'un salaire minimum légal, c'est ce minimum cantonal qui doit être atteint une fois le montant versé reconverti en francs, au moment du paiement. Genève applique 24,59 francs de l'heure en 2026. Si le collaborateur travaille depuis l'étranger, c'est le salaire minimum de son pays de résidence qui s'impose, dans la monnaie de ce pays. Le minimum ne bouge pas quand le cours bouge : c'est donc à l'employeur de vérifier le respect du seuil à chaque échéance, et non une fois pour toutes à la signature.

Cela dépend du montage, et c'est précisément le point sensible. Si le contrat fixe un montant en francs et que l'employeur convertit au cours du jour, le salarié reçoit un montant variable dans sa monnaie : le risque est chez lui. Si le contrat fixe un montant dans la devise étrangère, c'est l'employeur qui supporte la variation. Une clause qui indexe le salaire sur le cours pour le réduire lorsque la monnaie évolue défavorablement revient à transférer au travailleur un risque économique qui incombe à l'entreprise, ce que le droit du travail n'admet pas.

Uniquement si le salarié relève de la sécurité sociale de ce pays. Le principe d'unicité du règlement européen 883/2004 rattache une personne à la législation d'un seul État, en principe celui où elle travaille. Un collaborateur qui vient travailler en Suisse relève donc de la sécurité sociale suisse : AVS, AI et prévoyance professionnelle sont retenues en francs sur la fiche de paie suisse, quelle que soit la devise dans laquelle le net est versé. En revanche, un collaborateur qui travaille de manière substantielle depuis son pays de résidence peut basculer sous le régime de ce pays, et l'employeur suisse doit alors s'y acquitter des cotisations locales, dans la monnaie locale.

La plus simple consiste à ne pas convertir du tout : l'employeur verse des francs sur un IBAN suisse ouvert au nom du collaborateur, et c'est ce dernier qui choisit quand et comment convertir. La paie reste dans une seule devise, aucune clause de conversion n'est signée, et le seuil du salaire minimum s'apprécie directement sur le montant versé. Les autres options sont la conversion assumée par l'employeur à un cours de référence public, la création d'une entité locale lorsque l'effectif le justifie, et le recours à un Employer of Record qui devient l'employeur juridique dans le pays de résidence.

Il déplace la responsabilité sans la faire disparaître. L'Employer of Record devient l'employeur juridique dans le pays de résidence du collaborateur et prend en charge la paie, les cotisations et le respect du salaire minimum local. C'est une réponse pertinente quand l'entreprise n'a pas d'entité sur place et ne veut pas en créer une. Elle a un coût par collaborateur et par mois, elle suppose de choisir un prestataire solide, et elle ne s'applique pas au collaborateur qui vient travailler en Suisse : dans ce cas, l'employeur suisse reste l'employeur, et les règles suisses continuent de s'appliquer.
Avertissement : ce guide décrit le droit en vigueur au 16 septembre 2026 et s'adresse aux services RH et aux directions d'entreprise. Chaque situation dépend du lieu d'exécution du travail, de la convention collective applicable, du canton et du pays de résidence du collaborateur. Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne constituent ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni une recommandation en matière de change. Faites valider votre montage par un conseil juridique et par votre fiduciaire avant de modifier un contrat de travail. ibani SA intervient exclusivement comme intermédiaire financier : elle ne prend en charge ni l'établissement de la paie, ni les cotisations sociales, ni la qualité d'employeur, et ne fournit aucun conseil en droit du travail.

Méthodologie et sources : la licéité du paiement du salaire dans une autre monnaie, la nullité de l'avenant litigieux, le taux fixe de 1,30, le montant de 18 881 francs, le raisonnement sur la discrimination indirecte, l'exigence d'examen d'autres mesures non discriminatoires et l'impossibilité pour le travailleur de renoncer à ses droits proviennent tous de l'arrêt du Tribunal fédéral 4A_215/2017 du 15 janvier 2019, qui renvoie lui-même à l'arrêt 4A_230/2018 rendu le même jour. Les dispositions citées sont l'article 323b alinéa 1 et l'article 341 du Code des obligations (CO, RS 220), l'article 121 alinéa 1 de la loi fédérale sur le droit international privé (LDIP, RS 291) et l'article 9 de l'annexe I de l'accord sur la libre circulation des personnes (ALCP, RS 0.142.112.681). Le principe d'unicité de la législation applicable en matière de sécurité sociale est celui du règlement européen n° 883/2004, rendu applicable à la Suisse par l'ALCP. Le salaire minimum genevois de 24,59 francs de l'heure pour 2026 est celui publié par la République et canton de Genève. Les montants indiqués pour Bâle-Ville, le Jura, Neuchâtel et le Tessin sont un relevé du 16 septembre 2026 effectué à partir de sources secondaires concordantes et doivent être confirmés auprès du canton concerné : ils sont indexés chaque année et, à Bâle-Ville comme au Tessin, les indemnités de vacances et de jours fériés s'ajoutent au taux horaire.

Une paie en francs, des collaborateurs en zone euro ?

Notre équipe basée à Genève met à disposition un IBAN suisse nominatif pour les collaborateurs d'entreprises suisses qui vivent dans une autre devise : l'employeur verse ses francs comme pour tout autre salarié, la paie reste en francs. ibani n'intervient ni dans l'établissement de la paie, ni comme employeur. Un intermédiaire financier audité pour son activité, affilié à SO-FIT (OAR).

Nous sommes à votre disposition par email ou par téléphone du lundi au vendredi.

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