Courbe du dollar qui décroche sous un socle de franc suisse frappé de la croix fédérale, mascotte ibani

Prévisions USD/CHF : le dollar reprend les 0,80 franc après le virage de la Fed (Septembre 2026)

Clock icon Lecture : 11 minutes | Mise à jour : 1er Septembre 2026

Par Brice DELHOME

📌 En Bref : USD/CHF au 1er septembre 2026
  • Taux actuel : le dollar vaut 0,8086 franc. La paire a effacé l'intégralité de sa chute du 19 août : creux à 0,7990 le 20, puis 0,8043 le 28 et 0,8086 le 31, soit +1,2 % en sept séances. Le corridor se déplace vers 0,7950 – 0,8250.
  • Le fait nouveau : le 28 août à Jackson Hole, le président de la Réserve fédérale Kevin Warsh a tenu un discours nettement restrictif — objectif de 2 % qualifié de « cible ferme et fixe », conditions financières jugées non restrictives, inflation PCE à 3,7 % sur douze mois. Les marchés de taux valorisent désormais une hausse le 16 septembre à environ 60 %, contre 35 % à la mi-août.
  • Ce que ça change : notre hypothèse d'une Réserve fédérale immobile est tombée. Le dollar retrouve un moteur de rendement, et le franc, qui ne rapporte rien, redevient coûteux à détenir. Mais Washington parle désormais avec deux voix : le Trésor comprime les rendements longs pendant que la banque centrale veut relever le taux court.
  • Pour un revenu en dollars : 5'000 dollars valent aujourd'hui environ 4'043 francs, contre 4'403 francs à la moyenne 2024 — soit 360 francs de moins par mois, mais 63 francs de mieux qu'au creux du 20 août.
  • Pour un acheteur de dollars : l'inverse est vrai. 10'000 francs achètent aujourd'hui environ 12'367 dollars, contre 11'356 à la moyenne 2024 — et 197 de moins qu'il y a dix jours. Convertir par tranches régulières reste la seule méthode qui ne repose sur aucun pari.

Le dollar a repris en sept séances ce qu'il avait perdu en une, et le déclencheur n'est pas venu des chiffres mais d'un discours. Ce guide décompose le retournement de la fin août 2026, la contradiction inédite entre le Trésor américain et sa banque centrale, et ce que tout cela coûte — ou rapporte — en francs, à ceux qui perçoivent ou paient en dollars depuis la Suisse.

Flash Marché : Situation au 1er Septembre 2026

Le mouvement est de nouveau venu de Washington, mais cette fois de la banque centrale. La paire USD/CHF s'établit autour de 0,8086 au 1er septembre 2026, contre un creux à 0,7990 le 20 août : le dollar a donc effacé la totalité de sa chute du 19 août, et même un peu plus. Le déclencheur est le discours prononcé le 28 août à Jackson Hole par Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale, dont le ton restrictif a ramené sur la table une hausse de taux le 16 septembre — désormais valorisée à environ 60 % par les contrats à terme sur les fonds fédéraux, contre 35 % à la mi-août. Techniquement, la paire a repris le seuil rond des 0,8000 et repassé sa moyenne mobile à 50 jours, autour de 0,8084, ce qui replace le sommet estival de 0,8208 dans le champ des possibles.

Sur la durée, il faut replacer ces secousses dans leur amplitude réelle. Le dollar avait touché son plus bas de l'année à 0,7604 fin janvier 2026, avant de remonter jusqu'à un sommet estival au-dessus de 0,8200 fin juillet, porté par la hausse des rendements américains et par la perspective d'un resserrement supplémentaire de la Réserve fédérale. La chute du 19 août avait remis ce moteur en cause ; le discours du 28 l'a rallumé. En quinze jours, la paire a donc parcouru deux fois le même chemin, dans les deux sens — ce qui en dit long sur la valeur d'un pari directionnel à court terme. Vous pouvez suivre l'évolution en direct sur notre convertisseur CHF/USD en temps réel, et comparer avec la trajectoire de la paire européenne dans notre analyse des prévisions de change EUR/CHF, qui raconte une histoire exactement inverse.

⚖️ Suivi de nos prévisions : le corridor a tenu, l'hypothèse centrale est tombée. Le 20 août, nous annoncions un corridor de 0,7900 – 0,8150 pour les six semaines suivantes, avec deux invalidations : une clôture nette au-dessus de 0,8150 ou en dessous de 0,7900. Aucune des deux n'a été touchée — le plus bas s'établit à 0,7990 le 20 août et le plus haut à 0,8086 le 31 —, et le niveau actuel se situe dans la partie haute de notre scénario central d'« érosion lente » (0,7800 – 0,8100). En revanche, l'hypothèse sur laquelle reposait ce scénario, une Réserve fédérale immobile le 16 septembre, ne tient plus : les marchés de taux valorisent aujourd'hui une hausse à environ 60 %. Avoir raison sur le niveau et tort sur la cause n'est pas avoir raison ; nous corrigeons donc l'hypothèse et déplaçons le corridor vers 0,7950 – 0,8250.

Pourquoi le dollar est-il remonté face au franc suisse ?

Parce que son moteur de 2026 — l'écart de rendement — vient d'être rallumé par la Réserve fédérale, dix jours après avoir été coupé par le Trésor. Quatre forces se combinent aujourd'hui sur la paire, et l'équilibre entre elles a basculé le 28 août.

1. Le discours de Jackson Hole qui a tout changé

Le 28 août 2026, Kevin Warsh a prononcé sa première allocution majeure en qualité de président de la Réserve fédérale, à l'ouverture du symposium de Jackson Hole. Le marché attendait une clarification de doctrine ; il a reçu un avertissement. Warsh y rappelle que l'objectif de stabilité des prix de 2 % est « une cible ferme et fixe » qui ne se réalise pas d'elle-même, constate que l'indice des prix des dépenses de consommation (PCE) ressort à 3,7 % sur douze mois et 4,1 % en rythme semestriel annualisé, juge que les conditions financières ne sont pas restrictives, et conclut que la banque centrale doit être « confiante dans le fait que l'inflation sous-jacente se dirige vers notre objectif, clairement et à une vitesse suffisante. Sinon, nous avons du travail à faire ». Aucune indication de calendrier, mais une direction sans ambiguïté.

Le contexte statistique lui donne des arguments. Le 26 août, le Bureau of Economic Analysis a publié les revenus et dépenses des ménages de juillet : l'indice PCE progresse de 3,7 % sur un an et de 0,2 % sur le mois, la mesure sous-jacente hors alimentation et énergie ressort à 3,3 %, et le taux d'épargne des ménages tombe à 3,0 %. Autrement dit, l'inflation ne descend plus, et la consommation tient. Les marchés de taux ont réagi en une séance : la probabilité d'une hausse d'un quart de point le 16 septembre est passée d'environ 35 % à la mi-août à quelque 60 % au 31 août, selon les contrats à terme sur les fonds fédéraux. Pour mémoire, le taux directeur est maintenu dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 % depuis la réunion du 29 juillet, au cours de laquelle trois membres du Comité — Beth M. Hammack, Neel Kashkari et Lorie K. Logan — avaient déjà voté pour un relèvement. Ce sont ces trois voix qui sont aujourd'hui en passe de devenir majoritaires. Sources : Réserve fédérale, discours de Kevin Warsh au symposium de Jackson Hole du 28 août 2026 ; Bureau of Economic Analysis, revenus et dépenses des ménages de juillet, publiés le 26 août 2026 ; Réserve fédérale, communiqué du 29 juillet 2026.

L'effet ne s'est pas limité au marché des changes. L'or, qui avait gagné près de 16 % sur le mois d'août à la faveur de la défiance envers le dollar, est retombé sous les 4'450 dollars l'once dans les séances qui ont suivi le discours. C'est le signe que le mouvement observé fin août n'est pas une simple oscillation technique, mais le dénouement partiel d'un pari collectif contre le dollar — un pari dont le franc suisse était, avec l'or, l'un des principaux bénéficiaires.

2. Le Trésor contre la banque centrale : Washington parle avec deux voix

Rappelons l'épisode précédent, car il n'a pas disparu. Le 19 août 2026, le Trésor américain a annoncé qu'il portait la taille maximale de ses opérations de rachat de liquidité sur la dette longue de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération, sur les segments 10-20 ans et 20-30 ans, du 9 septembre au 4 novembre 2026. Objectif affiché : calmer un marché obligataire devenu désordonné.

L'effet a été immédiat. Le rendement du bon du Trésor à 30 ans a cédé près de 9 points de base, à 5,196 %, après avoir touché la veille un plus haut de dix-neuf ans à 5,33 % ; le 10 ans est revenu à 4,647 %. Et comme c'est précisément la remontée de ces rendements longs qui attirait les capitaux vers le dollar depuis le printemps, la devise a suivi le mouvement inverse : l'indice dollar de Bloomberg a perdu jusqu'à 0,8 %, au plus bas depuis le 12 mai, et le dollar a reculé face à l'ensemble de ses grandes contreparties. L'indice DXY, plus classique, évoluait déjà autour de 99,3 à 99,6, son plus bas niveau depuis juin. Source : Département du Trésor des États-Unis, communiqué du 19 août 2026.

Or ce programme n'a pas été annulé : il entre en vigueur le 9 septembre, soit une semaine avant la réunion de la Réserve fédérale. La configuration qui en résulte est inhabituelle et mérite d'être comprise, parce qu'elle commande la volatilité des prochaines semaines : le Trésor comprime les rendements longs pendant que la banque centrale envisage de relever le taux court. Les deux institutions ne se contredisent pas formellement — l'une gère la dette, l'autre la politique monétaire —, mais elles tirent la courbe des taux dans des directions opposées, et le dollar avec elle. Pour un détenteur de revenus en dollars, la conséquence pratique est qu'il ne faut plus attendre de tendance nette : chaque annonce de l'un peut annuler l'effet de l'annonce de l'autre, comme le montrent les 1,2 % repris en sept séances après les 2 % perdus en une.

Le mécanisme à retenir : une devise se paie d'abord par son rendement. Quand un État rachète sa propre dette longue, il fait monter le prix des obligations, donc baisser leur rendement, donc baisser l'attrait de sa monnaie pour un investisseur étranger. Quand sa banque centrale relève le taux court, l'effet inverse se produit. Le dollar de septembre 2026 est pris entre ces deux forces, et c'est ce qui explique qu'il ait parcouru deux fois le même intervalle en quinze jours sans aller nulle part.

3. Pourquoi le franc a-t-il cédé du terrain avec une économie qui va mieux ?

Le paradoxe est plus instructif qu'il n'y paraît, car les nouvelles suisses ont été bonnes pendant que le franc reculait. L'inflation helvétique est à 0,4 % sur un an en juillet 2026, son plus bas niveau en quatre mois ; le SECO a publié le 14 août une estimation rapide du produit intérieur brut du deuxième trimestre à +1,5 %, contre 0,2 à 0,4 % attendus ; et le 28 août, le baromètre conjoncturel du KOF de l'EPF de Zurich est monté à 106,7 points, soit 2,5 points de plus qu'en juillet et bien au-dessus des attentes. La Banque Nationale Suisse maintient quant à elle son taux directeur à 0,00 % depuis son examen du 18 juin 2026, avec des projections d'inflation de 0,6 % en 2026 et 2027 ; le marché ne valorise pas de première hausse avant mars 2027, et le consensus des économistes la repousse à début 2028.

Voilà l'explication : sur le marché des changes, ce n'est pas la santé d'une économie qui se paie, c'est le rendement de sa devise — ou plus exactement la trajectoire attendue de ce rendement. Une Suisse en meilleure forme sans inflation ne rapproche pas d'un centime la première hausse de la BNS. Tant que ce taux reste à 0,00 %, détenir des francs coûte à un investisseur international le rendement auquel il renonce ailleurs : environ 3,6 points face au dollar aujourd'hui, davantage si la Réserve fédérale resserre le 16 septembre. C'est cette prime d'assurance, et non la conjoncture helvétique, qui a fait reculer le franc de 0,7990 à 0,8086 pour un dollar entre le 20 et le 31 août. La dimension structurelle demeure en toile de fond — le franc a gagné près de 13 % face au dollar en 2025 et a prolongé cette progression en 2026 jusqu'à un plus haut de onze ans —, tout comme le soutien commercial de l'accord conclu avec Washington, qui a ramené les droits de douane américains sur les marchandises suisses de 39 % à un plafond de 15 %. Sources : Banque Nationale Suisse, examen de politique monétaire du 18 juin 2026 ; Office fédéral de la statistique, indice des prix à la consommation de juillet publié le 3 août 2026 ; KOF, baromètre conjoncturel publié le 28 août 2026.

4. Quels niveaux techniques comptent maintenant sur l'USD/CHF ?

Le rebond a annulé la rupture. Les niveaux que nous donnions comme résistances le 20 août ont tous été repris : le seuil rond des 0,8000 d'abord, le plus haut du 31 mars à 0,8042 ensuite, et la moyenne mobile à 50 jours, autour de 0,8084, sur laquelle la paire vient précisément de clôturer le mois. La moyenne mobile à 100 jours, à 0,7975, a servi de plancher exactement comme prévu, la paire n'ayant jamais clôturé en dessous. La lecture opérationnelle s'inverse donc : ces mêmes 0,8000-0,8084 deviennent la zone de support à surveiller, tandis que les résistances suivantes sont le plus haut du 13 août à 0,8147 puis le sommet estival de 0,8208 touché fin juillet. Un franchissement net de ce dernier, que déclencherait une hausse de taux le 16 septembre, ouvrirait la voie vers 0,8300. À la baisse, la perte des 0,7975 remettrait en jeu la moyenne mobile à 200 jours, à 0,7932, puis le seuil des 0,7900 dont la rupture rouvrirait la route vers le plus bas annuel de 0,7604.

Quelles prévisions USD/CHF d'ici fin 2026 ?

Personne ne connaît le taux du 31 décembre, mais on peut cadrer les trajectoires plausibles et surtout chiffrer ce qu'elles coûtent. Le consensus des maisons d'analyse penchait jusqu'ici pour un dollar durablement sous les 0,81 franc : MUFG Research vise 0,7800 au quatrième trimestre 2026, tandis qu'UBS retient un marché sans direction, avec une estimation de fin d'année autour de 0,78 dans une fourchette de 0,77 à 0,81. Une précision de méthode s'impose : ces projections ont été formulées avant le discours du 28 août et reposent sur une Réserve fédérale qui ne resserre pas — hypothèse que les marchés de taux ne partagent plus. Nous les conservons parce qu'elles restent des repères utiles, mais le lecteur doit savoir que la moitié haute de notre tableau est aujourd'hui mieux soutenue par les prix de marché qu'elle ne l'était il y a dix jours. Ces projections de tiers sont citées à titre de fourchette de marché, non de prédiction, et n'engagent pas ibani.

ScénarioDéclencheurZone USD/CHF5'000 USD valent
Poursuite du rebondLa Réserve fédérale relève ses taux le 16 septembre et laisse la porte ouverte à d'autres hausses, l'inflation américaine reste au-dessus de 3,5 %, le rapport sur l'emploi de début septembre confirme un marché du travail solide0,8200 – 0,8400~4'100 CHF à ~4'200 CHF
Consolidation au-dessus de 0,80 (central)Hausse unique en septembre suivie d'une pause, ou statu quo assorti d'un ton restrictif ; rachats du Trésor qui continuent de plafonner les rendements longs ; BNS figée à 0,00 % le 24 septembre0,7950 – 0,8250~3'975 CHF à ~4'125 CHF
Rechute du dollarLa Réserve fédérale renonce face à un marché du travail qui se dégrade, bascule vers des baisses de taux, ou nouvel épisode de tension sur la dette longue mal absorbé par les rachats du Trésor0,7600 – 0,7950~3'800 CHF à ~3'975 CHF

L'écart entre les deux extrêmes atteint 400 francs par mois sur un revenu de 5'000 dollars, soit près de 4'800 francs sur une année. L'asymétrie des déclencheurs mérite d'être relue à la lumière du 28 août : le scénario haussier pour le dollar suppose toujours une mauvaise nouvelle pour le pouvoir d'achat américain — une inflation qui ne redescend pas —, mais c'est précisément ce que montrent les derniers chiffres, avec un indice PCE à 3,7 %. Le scénario de rechute, lui, exige désormais un retournement visible du marché du travail. Ce qui était le scénario par défaut il y a dix jours est devenu le scénario qui demande une confirmation, et inversement. C'est la raison pour laquelle les prévisions institutionnelles, concentrées dans la moitié basse de la fourchette, méritent d'être lues avec la date à laquelle elles ont été formulées.

Combien vaut un revenu en dollars en Suisse aujourd'hui ?

La question concerne plus de monde qu'on ne le croit. À Genève, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales et une partie des sociétés de négoce rémunèrent ou facturent en dollars, tandis que leurs collaborateurs paient un loyer, une assurance maladie et des impôts en francs. S'y ajoutent les indépendants qui facturent des clients américains, les retraités percevant une pension des États-Unis, et les entreprises suisses dont les recettes à l'export sont libellées en dollars.

Pour tous ceux-là, la baisse de la paire est une perte sèche que rien, dans leur contrat de travail, ne signale. Voici l'évolution mathématique d'un revenu de référence de 5'000 dollars, converti en francs suisses.

Période de référenceTaux de change (USD/CHF)Revenu converti (en CHF)Écart mensuel vs Moyenne 2024
Moyenne 20240,8806~4'403 CHF-
Plus bas 2026 (fin janvier)0,7604~3'802 CHF− 601 CHF
Sommet estival (fin juillet)0,8208~4'104 CHF− 299 CHF
13 Août 20260,8142~4'071 CHF− 332 CHF
18 Août 20260,8124~4'062 CHF− 341 CHF
20 Août 2026 (creux)0,7959~3'980 CHF− 424 CHF
28 Août 20260,8043~4'022 CHF− 381 CHF
31 Août 2026 (Actuel)0,8086~4'043 CHF− 360 CHF / mois

*Méthodologie de calcul : Valeur en francs = (Montant en USD) × (Taux USD/CHF). Valeurs brutes, sur la base du taux interbancaire réel, hors marges bancaires.

Synthèse de l'expert : au 1er septembre 2026, un revenu de 5'000 dollars rapporte 360 francs de moins par mois qu'à la moyenne de 2024, soit environ 4'320 francs sur une année pleine, uniquement par effet de change. Deux lectures se superposent, et il serait malhonnête de n'en donner qu'une. À court terme, le rebond de fin août a rendu 63 francs mensuels à ceux qui n'avaient pas converti au creux du 20 : la patience a payé, cette fois. À moyen terme, la perte reste massive et n'a été comblée qu'au quart depuis le point bas de janvier. Pour un budget genevois, l'écart actuel correspond encore à peu près à une prime d'assurance maladie adulte : la perte est invisible sur la fiche de paie, mais parfaitement visible sur le compte courant.

💡 L'autre côté du miroir. Si vous êtes payé en francs et que vous devez acheter des dollars — voyage, études aux États-Unis, facture d'un fournisseur américain, achat immobilier —, le mouvement joue intégralement en votre faveur. 10'000 francs achètent aujourd'hui environ 12'367 dollars, contre 11'356 dollars à la moyenne 2024, soit 1'011 dollars de pouvoir d'achat supplémentaire — mais 197 dollars de moins qu'au 20 août, ce qui rappelle que cette fenêtre-là se referme aussi. Les entreprises concernées trouveront la mécanique détaillée dans notre guide sur l'achat de devises étrangères pour les entreprises.

Comment convertir sans perdre le bénéfice du taux ?

Sur un marché où une annonce technique du Trésor américain peut effacer 2 % en une séance et où un discours de banquier central peut les rendre en une semaine, attendre le point d'entrée idéal n'est pas une stratégie, c'est un pari. Les six dernières semaines l'illustrent : 0,8208 fin juillet, 0,8147 le 13 août, 0,8124 le 18, 0,7979 le 19, 0,7990 le 20, 0,8043 le 28, 0,8086 le 31. Aucun de ces mouvements n'était annonçable la veille, et les deux plus violents sont venus l'un d'un communiqué que personne n'attendait, l'autre d'un discours dont personne n'anticipait la fermeté.

La méthode qui fonctionne : convertir par tranches régulières. Celui qui rapatrie chaque mois la même part de son revenu obtient mécaniquement le taux moyen de la période, sans avoir à prévoir quoi que ce soit. Ce lissage, ou cost averaging, n'offre jamais le meilleur taux de l'année ; il protège du pire, ce qui est l'objectif réel quand il s'agit d'un revenu et non d'un placement. Pour une échéance connue à l'avance — une facture en dollars, des frais de scolarité, une acquisition —, la logique est différente : c'est là qu'il devient pertinent de bloquer un taux de change à terme plutôt que de subir la séance du jour.

Quelles échéances surveiller d'ici l'automne ?

Le calendrier des prochaines semaines est inhabituellement chargé pour la paire dollar-franc, et l'essentiel se joue côté américain. Le symposium de Jackson Hole, du 27 au 29 août, a déjà livré son verdict avec le discours du 28 ; voici ce qui reste.

  • 3 septembre : estimation détaillée du produit intérieur brut suisse du deuxième trimestre par le Secrétariat d'État à l'économie. Une confirmation des +1,5 % conforterait le franc sur le plan fondamental, sans pour autant rapprocher la BNS d'une hausse de taux.
  • Début septembre : indice suisse des prix à la consommation d'août, puis rapport américain sur l'emploi. C'est ce dernier qui arbitrera la réunion du 16 septembre : un marché du travail solide validerait la hausse, une dégradation la ferait reculer et renverrait le dollar vers 0,80.
  • 9 septembre : entrée en vigueur des opérations de rachat élargies du Trésor américain. Le marché jugera sur pièces si le plafonnement des rendements longs tient — et si les deux jambes de Washington marchent dans le même sens.
  • Mi-septembre : indice des prix à la consommation américain d'août, dernière donnée d'inflation avant la décision. Après un PCE à 3,7 %, tout chiffre au-dessus des attentes rendrait la hausse difficilement évitable.
  • 15 et 16 septembre : réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale, assortie de projections économiques actualisées. Une hausse est désormais valorisée à environ 60 % : c'est le rendez-vous le plus susceptible de faire bouger la paire de plus de 1 % en une séance, dans un sens comme dans l'autre, puisqu'un statu quo décevrait tout autant qu'une hausse surprendrait il y a un mois.
  • 24 septembre : examen trimestriel de politique monétaire de la BNS. Un maintien à 0,00 % est le scénario de base ; le ton employé sur le franc sera scruté. Calendrier de référence : réunions du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale.

Pourquoi la marge bancaire coûte-t-elle plus cher sur le dollar ?

L'analyse de marché ne sert à rien si l'exécution est défectueuse. Le taux interbancaire — actuellement autour de 0,8086 — est le prix de gros de la monnaie. Ce n'est jamais le taux que votre banque de détail vous applique, et l'écart est structurellement plus large sur le corridor dollar-franc que sur le corridor euro-franc, où le volume traité par les particuliers en Suisse est bien supérieur.

L'illusion tarifaire des banques traditionnelles :
Sur une conversion de 5'000 dollars, une banque classique applique un taux de guichet majoré et facture des frais de virement international. Une marge de 2 % représente environ 80 francs prélevés sur une seule opération, soit près de 960 francs sur une année de versements mensuels — davantage que ce que la paire a perdu entre le 13 et le 20 août. La marge est le seul des deux facteurs sur lequel vous avez la main.

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Questions Fréquentes (Mise à jour 1er Septembre 2026)

Au 1er septembre 2026, le dollar américain s'échange autour de 0,8086 franc suisse, un niveau obtenu en croisant les taux de référence EUR/CHF et EUR/USD publiés par la BCE le 31 août. La paire a effacé l'intégralité de sa chute du 19 août : après un creux à 0,7990 le 20 août, elle est remontée à 0,8043 le 28 puis à 0,8086 le 31, soit un rebond d'environ 1,2 % en sept séances. Le seuil psychologique des 0,8000 est de nouveau franchi à la hausse et notre corridor de travail se déplace entre 0,7950 et 0,8250. Il faut donc environ 1,24 dollar pour obtenir un franc suisse.

À cause d'un discours. Le 28 août 2026, le président de la Réserve fédérale Kevin Warsh a prononcé à Jackson Hole sa première allocution majeure, nettement plus restrictive qu'attendu : il y rappelle que l'objectif de 2 % est « une cible ferme et fixe », relève que l'indice des prix PCE ressort à 3,7 % sur douze mois et 4,1 % en rythme semestriel, juge que les conditions financières ne sont pas restrictives et conclut que, faute de confiance dans un retour de l'inflation vers l'objectif « clairement et à une vitesse suffisante », la banque centrale « aura du travail à faire ». Les marchés de taux ont immédiatement remis une hausse sur la table pour la réunion du 16 septembre, avec une probabilité d'environ 60 % au 31 août contre environ 35 % à la mi-août. Le dollar est remonté, l'or est retombé, et le franc, qui ne rapporte rien, en a fait les frais.

Il agit comme un plafonnement des rendements longs. En rachetant davantage de dette à 10-20 ans et 20-30 ans, à partir du 9 septembre 2026, le Trésor soutient les prix des obligations et fait baisser leur rendement. Or c'est l'écart de rendement entre les États-Unis et le reste du monde qui portait le dollar depuis le printemps. La situation devenue inédite fin août est que ce programme pousse dans le sens opposé au discours de la Réserve fédérale : d'un côté un Trésor qui comprime les rendements longs, de l'autre une banque centrale qui envisage de relever son taux court. Pour la paire USD/CHF, cela signifie une volatilité accrue plutôt qu'une direction claire, chaque camp pouvant reprendre le dessus au gré des annonces.

Les maisons d'analyse penchaient jusqu'ici pour un dollar durablement sous les 0,81 franc : MUFG Research vise 0,7800 au quatrième trimestre 2026, et UBS retient un scénario de marché sans direction, avec une estimation de fin d'année autour de 0,78 dans une fourchette de 0,77 à 0,81. Ces projections ont toutefois été formulées avant le discours de Jackson Hole du 28 août, et elles supposent une Réserve fédérale qui ne resserre pas — hypothèse que les marchés de taux ne partagent plus. La fourchette crédible de fin d'année va de 0,7600 à 0,8400 selon la trajectoire de la Réserve fédérale : une amplitude d'environ 10 %, qui fait varier de plus de 400 francs par mois la conversion d'un revenu de 5'000 dollars. Ces projections de tiers sont citées à titre informatif et n'engagent pas ibani.

La question ne se pose plus dans l'immédiat, puisque le franc a reculé face au dollar depuis le 20 août. Lors de son examen du 18 juin 2026, la Banque Nationale Suisse a maintenu son taux directeur à 0,00 % et réaffirmé sa disposition à intervenir sur le marché des changes en cas d'appréciation « rapide et excessive » du franc — une condition qui s'éloigne à mesure que le dollar se redresse. Le plus bas de 2026, à 0,7604, touché fin janvier, est désormais distant de plus de 6 %. Historiquement, la BNS surveille de toute façon surtout le franc face à l'euro, qui pèse bien davantage dans son commerce extérieur. Le prochain examen de politique monétaire est fixé au 24 septembre 2026.

Non. Le taux interbancaire correspond au marché de gros. Les banques de détail y ajoutent une marge, appelée écart acheteur-vendeur, ainsi que des frais fixes de virement international. Sur le corridor dollar-franc, cette marge est structurellement plus large que sur le corridor euro-franc, parce que le volume traité par les particuliers y est plus faible : il n'est pas rare de perdre 2 % entre le taux affiché dans la presse et le montant effectivement crédité. Passer par un spécialiste du change comme ibani permet d'obtenir un taux au plus près de la réalité du marché.

Tout dépend du sens de la conversion, et la quinzaine écoulée montre à quel point le pari est risqué dans les deux sens. Pour qui perçoit un revenu en dollars et vit en Suisse : à 0,8086, un revenu de 5'000 dollars vaut 4'043 francs, contre 4'403 francs à la moyenne de 2024, soit 360 francs de perte mensuelle liée au seul effet de change — mais 63 francs de mieux qu'au creux du 20 août. Celui qui aurait attendu un rebond l'a obtenu ; celui qui aurait attendu une baisse supplémentaire a perdu. Aucun des deux ne le savait à l'avance. À l'inverse, pour un résident suisse qui doit acheter des dollars, le niveau reste favorable par rapport à 2024 : 10'000 francs achètent aujourd'hui environ 12'367 dollars, contre 11'356 à la moyenne 2024, mais 197 dollars de moins qu'au 20 août. Dans les deux cas, convertir par tranches régulières plutôt qu'en une fois à une date choisie au hasard reste la méthode qui protège le mieux du pire scénario.
Avertissement réglementaire : Les données macroéconomiques et les taux de change mentionnés dans cet article reflètent la situation des marchés en date du 1er septembre 2026. Le marché des devises est intrinsèquement volatil et les performances passées ne préjugent pas des évolutions futures. Les projections de tiers citées (MUFG Research, UBS) le sont à titre informatif et n'engagent pas ibani. Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne constituent en aucun cas une recommandation financière ou un conseil en investissement.

Méthodologie et sources : les cours USD/CHF retenus pour la fin août 2026 sont calculés par croisement des taux de change de référence EUR/CHF et EUR/USD publiés quotidiennement par la Banque Centrale Européenne (0,8086 au 31 août 2026 ; 0,8043 au 28 août ; 0,7990 au 20 août), méthode qui garantit la cohérence avec notre analyse EUR/CHF ; les cours antérieurs au 20 août croisent au moins deux sources de marché pour chaque date (relevés quotidiens de change et cotations intraday), le cours du 20 août 2026 retenu dans notre édition précédente étant 0,7959 pour une clôture du 19 août à 0,7979 et un plus haut intraday à 0,8128. Le taux moyen 2024 retenu comme base de comparaison est 0,8806. Les données de politique monétaire proviennent des communiqués officiels de la Réserve fédérale (29 juillet 2026), du discours de son président Kevin Warsh au symposium de Jackson Hole du 28 août 2026 publié par le Federal Reserve Board, et de la Banque Nationale Suisse (18 juin 2026). Les chiffres d'inflation américains proviennent du Bureau of Economic Analysis (indice des prix PCE de juillet, publié le 26 août 2026) et du Bureau of Labor Statistics (indice des prix à la consommation de juillet publié le 12 août 2026) ; les chiffres suisses proviennent de l'Office fédéral de la statistique (indice de juillet publié le 3 août 2026), du SECO (estimation rapide du PIB du deuxième trimestre du 14 août 2026) et du KOF de l'EPF de Zurich (baromètre conjoncturel d'août publié le 28 août 2026). Le programme de rachat de dette longue est décrit d'après le communiqué du Département du Trésor des États-Unis du 19 août 2026 ; les niveaux de rendement obligataire, d'indice dollar et de cours de l'or, ainsi que les probabilités implicites de hausse de taux issues des contrats à terme sur les fonds fédéraux (environ 60 % au 31 août 2026, contre environ 35 % à la mi-août), sont issus des dépêches d'agence et de la presse financière de fin août 2026. Les moyennes mobiles sont relevées en clôture du 31 août 2026. Cet article est révisé toutes les deux semaines et après chaque décision de politique monétaire.