Des pièces entrent dans une caisse de pension à colonnes, à côté d'une déclaration d'impôt en baisse et d'un cadenas, mascotte ibani

Rachat d'années LPP : rentable ou non ? La méthode de calcul, le délai de trois ans et l'échéance du 31 décembre

Lecture : 14 minutes | Mise à jour :

Par Brice DELHOME

📌 En bref : trois chiffres décident
  • Le rachat se déduit en entier du revenu imposable l'année du versement, à l'impôt fédéral comme aux impôts cantonaux et communaux. L'économie est égale au montant racheté multiplié par votre taux marginal.
  • Le capital sera imposé à la sortie, séparément et à taux réduit : environ 4 à 5 % sur 100 000 CHF et 7 à 8,5 % sur 500 000 CHF pour une personne seule à Genève, Lausanne, Zurich ou Berne en 2026, selon le calculateur de l'Administration fédérale des contributions.
  • La durée fait tout : avec un taux marginal de 30 %, un rachat de 50 000 CHF rapporte l'équivalent de 10,9 % par an sur trois ans, mais 3,1 % par an sur quinze ans. L'avantage fiscal est acquis une fois, puis se dilue.
  • Pas de retrait en capital pendant trois ans après un rachat (art. 79b, al. 3 LPP). Sinon, la déduction est reprise, même si le capital vient d'une autre caisse ou d'un compte de libre passage.
  • Pour une déduction en 2026, l'argent doit arriver à la caisse en 2026, et parfois avant une date interne fixée en décembre. Les personnes imposées à la source doivent demander une taxation ordinaire ultérieure avant le 31 mars 2027.

Chaque année, le certificat de prévoyance affiche une ligne que beaucoup de salariés regardent sans savoir quoi en faire : le montant rachetable. Verser tout ou partie de cette somme dans sa caisse de pension réduit l'impôt de l'année, souvent de plusieurs milliers de francs. Mais l'argent est ensuite bloqué, rémunéré à un taux modeste, et il sera imposé une seconde fois, plus légèrement, au moment du retrait. Savoir si l'opération est rentable ne relève donc ni de l'intuition ni du slogan : c'est un calcul à trois paramètres, que ce guide pose pas à pas, avec les règles qui peuvent le faire échouer.

1. Qu'est-ce qu'un rachat, et combien pouvez-vous racheter ?

Un rachat est un versement volontaire dans votre caisse de pension, en plus des cotisations prélevées sur le salaire, pour combler une lacune de prévoyance. Une lacune naît chaque fois que l'avoir accumulé est inférieur à celui que prévoit le règlement de la caisse pour votre âge et votre salaire : arrivée tardive en Suisse, années de formation, temps partiel, augmentation de salaire, divorce, versement anticipé pour un logement.

La loi fixe le plafond : la caisse ne peut permettre le rachat que jusqu'à hauteur des prestations réglementaires (art. 79b, al. 1 LPP). Le montant exact se calcule selon le règlement de chaque caisse ; il figure sur le certificat de prévoyance annuel ou s'obtient sur demande. Trois éléments viennent le réduire, selon l'ordonnance OPP 2 :

  • Les avoirs de libre passage qui n'ont pas été transférés dans la caisse actuelle sont déduits du montant rachetable (art. 60a, al. 3 OPP 2). Un compte de libre passage oublié diminue donc d'autant votre potentiel.
  • Un avoir de 3e pilier A trop élevé réduit aussi le potentiel, pour la part qui dépasse la somme des cotisations maximales déductibles depuis l'âge de 24 ans, intérêts compris (art. 60a, al. 2 OPP 2). C'est surtout le cas d'anciens indépendants.
  • Les prestations de vieillesse déjà perçues sont déduites du potentiel d'une personne qui reprend une activité après avoir touché sa retraite (art. 60a, al. 4 OPP 2).

Deux situations ont leurs propres règles. Une personne arrivant de l'étranger qui n'a jamais été affiliée à une caisse suisse ne peut pas racheter plus de 20 % de son salaire assuré par an pendant cinq ans (art. 60b OPP 2) : avec un salaire assuré de 80 000 CHF, 16 000 CHF par an au plus. Et une personne qui a obtenu un versement anticipé pour son logement doit en principe le rembourser avant de pouvoir effectuer un rachat volontaire (art. 79b, al. 3 LPP). Les rachats qui suivent un divorce échappent en revanche aux limitations (art. 79b, al. 4 LPP). Notre guide de la prévoyance professionnelle (LPP) explique comment lire le certificat de prévoyance.

2. Comment calculer la rentabilité d'un rachat ?

Le rachat se déduit du revenu imposable, sans plafond fiscal propre, à l'impôt fédéral direct (art. 33, al. 1, let. d LIFD) comme aux impôts cantonaux et communaux (art. 9, al. 2, let. d LHID). Trois chiffres suffisent pour juger l'opération :

  • Votre taux marginal d'imposition (m), c'est-à-dire le taux qui frappe la dernière tranche de votre revenu. C'est lui, et non votre taux moyen, qui mesure l'économie d'impôt : un rachat de 50 000 CHF avec un taux marginal de 30 % réduit l'impôt de 15 000 CHF. Le coût réel du rachat n'est donc que de 35 000 CHF.
  • Le nombre d'années (n) entre le rachat et le retrait du capital, pendant lesquelles l'argent est rémunéré au taux crédité par la caisse (i). Le taux minimal légal, qui ne s'impose qu'à la part obligatoire de l'avoir, est de 1,25 % en 2026 ; la caisse peut créditer davantage ou moins sur la part surobligatoire.
  • Le taux d'impôt sur le capital (s) payé au retrait. Le capital de prévoyance est imposé séparément du reste du revenu ; à l'impôt fédéral, au cinquième du barème ordinaire (art. 38 LIFD). Chaque canton applique sa propre méthode.

Le rendement annuel équivalent du rachat s'obtient en comparant ce que vous récupérez net d'impôt à ce que le rachat vous a réellement coûté :

🧮 La formule : rendement annuel = [ (1 + i)n × (1 − s) ÷ (1 − m) ]1/n − 1

Avec m = 30 %, i = 1,25 %, s = 8 % et n = 5 ans : 50 000 CHF deviennent 53 204 CHF dans la caisse, soit 48 948 CHF après 8 % d'impôt sur le capital, pour un coût réel de 35 000 CHF. Le gain est de 13 948 CHF en cinq ans, l'équivalent de 6,9 % par an.

Quel impôt sur le capital retenir ?

Le chiffre dépend du canton, de la commune, de l'état civil et surtout du montant total retiré, car le barème est progressif. Les simulations du calculateur fiscal de l'Administration fédérale des contributions donnent les ordres de grandeur suivants pour 2026 (homme de 65 ans, sans confession, impôts fédéral, cantonal et communal compris) :

VillePersonne seule, 100 000 CHFPersonne seule, 500 000 CHFCouple marié, 100 000 CHFCouple marié, 500 000 CHF
Genève4 125 CHF (4,1 %)37 051 CHF (7,4 %)2 728 CHF (2,7 %)33 478 CHF (6,7 %)
Lausanne4 589 CHF (4,6 %)41 947 CHF (8,4 %)3 644 CHF (3,6 %)37 881 CHF (7,6 %)
Zurich4 817 CHF (4,8 %)35 068 CHF (7,0 %)4 643 CHF (4,6 %)31 576 CHF (6,3 %)
Berne4 628 CHF (4,6 %)41 259 CHF (8,3 %)3 801 CHF (3,8 %)37 660 CHF (7,5 %)

Un rachat vient s'ajouter à un capital déjà constitué : c'est donc le taux applicable à la dernière tranche du capital qui compte, plus élevé que le taux moyen. Pour une personne seule à Genève, l'impôt passe de 4 125 CHF sur 100 000 CHF à 37 051 CHF sur 500 000 CHF : les 400 000 CHF supplémentaires sont imposés à 8,2 % en moyenne. C'est pourquoi les exemples de ce guide retiennent un impôt de 8 % sur le capital issu du rachat, une hypothèse centrale : pour une personne seule, la tranche de 100 000 à 500 000 CHF est imposée entre 7,6 % (Zurich) et 9,3 % (Lausanne), et le rendement est plus faible si votre taux est plus élevé.

Le taux marginal : l'hypothèse qui pèse le plus

Votre taux marginal se lit en comparant l'impôt calculé sur votre revenu avec et sans le montant du rachat, par exemple dans le calculateur de votre canton ou dans le logiciel de déclaration. Il varie fortement : faible pour un revenu modeste, il peut approcher ou dépasser 40 % pour un revenu élevé selon le canton, ce que le calculateur cantonal permet de vérifier. Le même rachat ne vaut donc pas la même chose pour deux personnes :

Taux marginal (hypothèse)Économie d'impôt sur 50 000 CHFRendement annuel équivalent, retrait après 5 ansRendement annuel équivalent, retrait après 10 ans
20 %10 000 CHF4,1 %2,7 %
30 %15 000 CHF6,9 %4,1 %
40 %20 000 CHF10,3 %5,7 %

Hypothèses communes : intérêt crédité de 1,25 % par an, impôt de 8 % sur le capital au retrait. Ces rendements sont des résultats de calcul, pas des taux garantis.

3. Pourquoi la durée avant le retrait change-t-elle tout ?

Parce que l'avantage fiscal est encaissé une seule fois, au moment du rachat, alors que les années suivantes ne rapportent que l'intérêt de la caisse. Plus l'argent reste longtemps, plus ce gain initial se répartit sur un grand nombre d'années, et plus le rendement annuel se rapproche du taux d'intérêt crédité.

Retrait aprèsCapital issu du rachatImpôt de 8 % sur le capitalNet récupéréRendement annuel équivalent
3 ans51 899 CHF4 152 CHF47 747 CHF10,9 %
5 ans53 204 CHF4 256 CHF48 948 CHF6,9 %
10 ans56 614 CHF4 529 CHF52 084 CHF4,1 %
15 ans60 241 CHF4 819 CHF55 422 CHF3,1 %

Rachat de 50 000 CHF, taux marginal de 30 % (coût réel de 35 000 CHF), intérêt de 1,25 % par an.

Dans ce calcul, la conclusion est contre-intuitive : le rachat est le plus rentable dans les dernières années avant la retraite, à condition de respecter le délai de trois ans. À 40 ans, un rachat bloque l'argent pendant plus de vingt ans pour un rendement qui tend vers celui de la caisse, et il prive de cette somme pour d'autres projets. Il reste intéressant si votre taux marginal est élevé et si votre caisse rémunère bien les avoirs, mais l'économie d'impôt seule pèse alors beaucoup moins. Le bon moment dépend de votre situation : un conseiller fiscal ou en prévoyance peut chiffrer votre cas.

Un rachat n'est pas définitivement perdu pour les projets de vie : l'avoir peut encore servir à acheter un logement ou à s'établir à son compte, et il peut être versé en espèces, en tout ou en partie, à une personne qui quitte définitivement la Suisse. Mais chacun de ces retraits compte comme un retrait en capital au regard du délai de trois ans, détaillé à la section 5.

4. Et si vous prenez une rente plutôt que le capital ?

Le calcul change de nature. Il n'y a plus d'impôt sur le capital, mais une rente plus élevée, imposée chaque année comme un revenu ordinaire. Le capital issu du rachat est converti en rente au taux de conversion de la caisse : 6,8 % au minimum légal sur la part obligatoire à 65 ans (art. 14 LPP), mais un taux librement fixé, souvent plus bas, sur la part surobligatoire.

Taux de conversion (hypothèse)Rente annuelle supplémentaireAprès impôt de 25 % sur la renteAnnées pour récupérer 35 000 CHF
5,0 %2 831 CHF2 123 CHF16,5 ans
6,8 %3 850 CHF2 887 CHF12,1 ans

Rachat de 50 000 CHF dix ans avant la retraite, devenu 56 614 CHF à 1,25 % par an ; coût réel de 35 000 CHF avec un taux marginal de 30 % ; taux d'imposition de la rente supposé de 25 %. Calcul sans actualisation.

En sortie en rente, le rachat est donc un pari sur la longévité : il est d'autant plus rentable que la rente est versée longtemps, et la rente ne s'arrête pas avec l'âge. Il n'y a en revanche pas de piège des trois ans : le délai de l'article 79b ne vise que les versements en capital.

5. Que se passe-t-il si vous retirez du capital dans les trois ans ?

L'article 79b, alinéa 3 LPP est bref : les prestations résultant d'un rachat ne peuvent être versées sous forme de capital avant l'échéance d'un délai de trois ans. Le droit fiscal en a tiré une règle sévère, que le Tribunal fédéral a durcie au fil des arrêts :

  • La reprise est automatique. Depuis un arrêt de 2010 (2C_658/2009), tout retrait en capital dans le délai de trois ans fait perdre la déduction des rachats effectués pendant ce délai. L'ATF 148 II 189, rendu fin 2021, précise qu'il n'y a pas à examiner s'il y a évasion fiscale : la violation du délai suffit. Si la déduction a déjà été accordée, elle est corrigée par un rappel d'impôt.
  • La règle vaut d'une caisse à l'autre. Dans un arrêt de 2021 (2C_6/2021), un salarié avait racheté 45 000 CHF dans sa caisse, puis retiré moins de trois ans plus tard 20 813 CHF d'un compte de libre passage auprès d'une autre institution. Le rappel d'impôt a porté sur 20 813 CHF : la reprise est plafonnée au capital retiré, mais elle ne se limite pas à la caisse qui a reçu le rachat.
  • Plusieurs retraits comptent comme du capital : le versement anticipé pour l'achat d'un logement, le retrait pour s'établir à son compte et le versement en espèces lors d'un départ définitif à l'étranger. Une sortie en rente n'est pas concernée.
  • Le délai se compte jour pour jour, de la date du rachat à la date du versement du capital. L'administration fiscale genevoise le rappelle : la déduction n'est pas possible si vous recevez une prestation en capital du 2e pilier avant trois ans, jour pour jour, après le rachat.

Les cantons appliquent la règle avec des nuances. Selon une pratique publiée en 2015 dans son Steuerbuch, Zurich renonce par exemple à reprendre la déduction lorsque les rachats ne dépassent pas 12 000 CHF par an ; au-delà, c'est la déduction du rachat entier qui est reprise, dans la limite du capital retiré. Une exception a été reconnue par le Tribunal fédéral : le versement destiné à financer une rente-pont AVS reste déductible malgré un retrait simultané du capital.

⚠️ Le rachat financé par un emprunt : dans l'ATF 142 II 399, une personne avait racheté 81 500 CHF au moyen d'un prêt sans intérêt, puis retiré son capital moins de deux ans plus tard en partant en retraite anticipée. La déduction a été refusée pour évasion fiscale, alors même qu'il s'agissait d'un rachat après divorce, normalement exempté du délai de trois ans. Un rachat ne doit jamais être un aller-retour.

6. Racheter en une fois ou en plusieurs années ?

Le barème de l'impôt sur le revenu étant progressif, chaque franc racheté fait descendre le revenu dans une tranche moins taxée. Un rachat de 150 000 CHF en une seule année épuise les tranches les plus hautes, puis se déduit à des taux de plus en plus bas : l'économie moyenne est inférieure au taux marginal de départ. Répartir le même montant sur trois ou quatre ans permet de déduire chaque fois au taux marginal le plus élevé.

L'étalement a une contrainte : chaque rachat ouvre son propre délai de trois ans. Si vous prévoyez de retirer votre capital à 65 ans, le dernier rachat doit intervenir au plus tard trois ans avant le versement, jour pour jour. Un calendrier type pour une retraite en capital au 1er juillet 2032 :

AnnéeActionÀ vérifier
2026Demander le calcul du montant rachetable ; premier rachat avant la date limite de la caisseLibre passage oublié, 3e pilier A, versement anticipé non remboursé
2027 et 2028Rachats suivants, chacun avant la fin de l'annéeTaux marginal de l'année, santé financière de la caisse
Avant le 1er juillet 2029Dernier rachat possibleTrois ans jour pour jour avant le versement du capital
1er juillet 2032Versement du capitalDélai de demande prévu par le règlement pour choisir le capital

Un retrait en plusieurs fois, par exemple une partie en capital et une partie en rente, ou un capital versé par deux institutions à des années différentes, doit être intégré au même calendrier. Notre guide LPP : simulateur et retrait détaille les conditions de retrait.

7. Quels risques le rachat fait-il courir ?

  • Un intérêt inférieur à l'hypothèse. Le taux minimal de 1,25 % ne garantit que la part obligatoire de l'avoir. En cas de découvert, la caisse peut même, pendant cinq ans au plus, rémunérer l'avoir de vieillesse jusqu'à 0,5 point sous le taux minimal (art. 65d, al. 4 LPP). Avant de racheter, lire le taux de couverture publié dans le rapport annuel de la caisse est une précaution utile.
  • Un taux de conversion qui baisse. Pour qui prendra une rente, la valeur du rachat dépend du taux de conversion appliqué au moment de la retraite, que la caisse peut réduire sur la part surobligatoire.
  • L'argent n'est plus disponible. Hors les cas de retrait prévus par la loi, le capital racheté reste dans la caisse jusqu'à la retraite. Un rachat ne doit jamais entamer la réserve dont vous pourriez avoir besoin d'ici là.
  • Les règles fiscales peuvent changer. L'imposition des retraits en capital a été remise en discussion en 2025 par un projet du Conseil fédéral dans le cadre de son programme d'allègement budgétaire. L'article 38 LIFD reste toutefois inchangé dans le droit en vigueur et dans les modifications déjà publiées pour 2027 et 2028. Un rachat se calcule avec les règles connues, sans certitude sur celles qui s'appliqueront au retrait.

Le taux minimal lui-même évolue : le 31 août 2026, la Commission fédérale de la prévoyance professionnelle a recommandé de le porter à 1,75 % en 2027. La décision appartient au Conseil fédéral, qui ne l'avait pas encore prise à la date de ce guide.

8. Comment racheter avant la fin de 2026 ?

Le rachat se déduit de l'année où il est versé. L'administration fiscale genevoise demande d'indiquer dans la déclaration le montant total des rachats effectués dans l'année. Pour une déduction sur les revenus 2026, l'argent doit donc parvenir à la caisse en 2026. Certaines caisses fixent une date limite interne plus tôt en décembre pour traiter les versements : la caisse Medpension, par exemple, exige que le versement lui parvienne au plus tard le 15 décembre. La démarche se déroule en quatre temps :

  • Demander le calcul du montant rachetable à la caisse, qui vérifie les avoirs de libre passage, le 3e pilier A et les versements anticipés. Le chiffre du certificat annuel peut dater de plusieurs mois.
  • Estimer son taux marginal en simulant l'impôt 2026 avec et sans le rachat, et choisir le montant en conséquence.
  • Vérifier son calendrier de retrait : aucun capital, de cette caisse ou d'une autre, ne doit être versé dans les trois ans.
  • Verser avant la date limite de la caisse, avec la référence demandée, puis conserver l'attestation de rachat, à joindre à la déclaration d'impôt.
💡 Le 3e pilier A, l'autre rachat de fin d'année : depuis 2026, il est possible de racheter des cotisations de 3e pilier A non versées, à condition d'avoir versé la cotisation complète de l'année (7 258 CHF pour un salarié affilié à une caisse de pension). Le rachat est limité à 7 258 CHF par an et ne comble que les lacunes apparues à partir de 2025 (art. 7a OPP 3). Pour une petite somme, c'est souvent la solution la plus simple ; pour une lacune importante, seul le rachat LPP permet une déduction significative. Les deux se cumulent. Notre guide du système des trois piliers les met en perspective.

9. Imposé à la source ou frontalier : pouvez-vous déduire le rachat ?

Les barèmes de l'impôt à la source tiennent compte des cotisations ordinaires au 2e pilier, mais pas d'un rachat. Pour le déduire, il faut une taxation ordinaire ultérieure, qui remplace la retenue de l'année par un calcul complet de l'impôt, déductions comprises. La demande doit être déposée au plus tard le 31 mars de l'année suivante : pour un rachat de 2026, avant le 31 mars 2027. Sans demande, aucune déduction supplémentaire n'est accordée.

SituationLe rachat est-il déductible en Suisse ?Base légale
Résident de Suisse imposé à la source (permis B, permis L)Oui, sur demande de taxation ordinaire ultérieureArt. 89a LIFD
Résident imposé à la source avec un revenu brut annuel égal ou supérieur à 120 000 CHFOui : la taxation ordinaire ultérieure est obligatoireArt. 9 de l'ordonnance sur l'imposition à la source
Non-résident imposé à la source en Suisse, dont au moins 90 % des revenus bruts mondiaux, conjoint compris, sont imposables en SuisseOui, sur demande, en tant que quasi-résident ; la demande se renouvelle chaque année et ne peut pas être retiréeArt. 99a LIFD, art. 14 de l'ordonnance sur l'imposition à la source
Non-résident imposé à la source en Suisse, sous le seuil de 90 %Non—
Frontalier imposé dans son pays de résidenceQuestion réglée par le droit fiscal du pays de résidenceDroit du pays de résidence

Pour un frontalier imposé à la source en Suisse, à Genève par exemple, la quasi-résidence est donc la seule porte, et elle se demande chaque année. Les frontaliers au sens de l'accord entre la Suisse et l'Italie sur l'imposition des frontaliers ne peuvent pas obtenir de taxation ordinaire ultérieure au titre de la quasi-résidence (art. 14, al. 3 de l'ordonnance sur l'imposition à la source) : cette voie ne leur est pas ouverte pour déduire un rachat en Suisse. Notre guide sur la rectification de l'impôt à la source à Genève détaille la procédure et ses délais.

Pour un frontalier imposé dans son pays de résidence, la Suisse n'impose pas le salaire, ou seulement par une retenue limitée, et la déduction du rachat relève de l'administration fiscale de ce pays. La prudence s'impose : en France, la cour administrative d'appel de Lyon a jugé le 5 juin 2025 (n° 24LY02533) que le rachat en cause n'entrait pas dans les cotisations déductibles sans limite, notamment faute pour le contribuable de démontrer qu'il portait sur des cotisations obligatoires, et rejeté sa demande de déduire la totalité de son rachat. L'administration n'avait admis la déduction que par tolérance, dans une limite calquée sur le rachat de douze trimestres du régime français. Avant un rachat important, il faut faire confirmer par écrit le traitement fiscal par l'administration de son pays de résidence. Notre guide des impôts du frontalier rappelle qui impose quoi selon le canton de travail.

⚠️ Quitter la Suisse dans les trois ans : le versement en espèces de tout ou partie de l'avoir lors d'un départ définitif de Suisse compte comme un retrait en capital. Racheter, puis retirer tout ou partie de l'avoir en espèces lors d'un départ intervenu moins de trois ans plus tard, fait perdre la déduction, dans la limite du montant retiré. Laisser l'avoir sur un compte de libre passage n'a pas cet effet. Notre checklist de départ de Suisse recense les démarches liées au 2e pilier.

10. Financer un rachat avec de l'épargne en euros : que coûte le change ?

Un rachat se paie en francs. Pour une personne venue de la zone euro qui finance le rachat avec une épargne restée en euros, la conversion est un coût qui vient en déduction du gain calculé plus haut. Sur un rachat de 50 000 CHF, une marge de change de 2 % (hypothèse) représente environ 1 000 CHF, soit près de 7 % de l'économie d'impôt d'un contribuable au taux marginal de 30 %. La même question se repose à la sortie, si le capital doit repartir vers un compte en euros.

ibani est un intermédiaire financier genevois, pas une banque, spécialisé dans les transferts entre la zone euro et la Suisse, avec un IBAN suisse nominatif. La marge de change est dégressive, de 0,40 % à 0,15 % selon le montant ; elle est de 0,35 % entre 10 000 et 50 000 CHF, soit au plus 175 CHF sur 50 000 CHF, sans frais de virement. Vous choisissez le moment de la conversion avant de virer les francs à votre caisse. Le cours du jour se suit sur notre convertisseur CHF-EUR, et notre page rapatriement des piliers traite le trajet inverse, au moment de la retraite.

11. Questions fréquentes

Non. Sa rentabilité dépend de trois chiffres : le taux marginal d'imposition l'année du versement, le nombre d'années entre le rachat et le retrait, et l'impôt payé sur le capital à la sortie. Avec un taux marginal de 30 %, un intérêt de 1,25 % et un impôt de 8 % sur le capital retiré, un rachat de 50 000 CHF rapporte l'équivalent de 10,9 % par an s'il est retiré après trois ans, 6,9 % après cinq ans, 4,1 % après dix ans et 3,1 % après quinze ans. Plus le taux marginal est bas et plus l'horizon est long, plus l'intérêt fiscal se dilue. Un rachat perd aussi tout intérêt si le capital est retiré moins de trois ans après le versement : la déduction est alors reprise.

Le montant du rachat multiplié par le taux marginal d'imposition, c'est-à-dire le taux qui frappe la dernière tranche du revenu. Le rachat est déductible du revenu imposable, sans plafond fiscal propre, à l'impôt fédéral direct comme aux impôts cantonaux et communaux (art. 33, al. 1, let. d LIFD et art. 9, al. 2, let. d LHID). Avec un taux marginal de 30 %, un rachat de 50 000 CHF réduit l'impôt de 15 000 CHF. Un rachat très élevé fait toutefois descendre le revenu dans des tranches moins taxées : l'économie moyenne baisse, ce qui plaide pour un étalement sur plusieurs années.

L'article 79b, alinéa 3 LPP interdit de verser sous forme de capital les prestations résultant d'un rachat avant un délai de trois ans. Le Tribunal fédéral en tire une règle stricte : tout retrait en capital dans ce délai entraîne la reprise de la déduction du rachat, sans qu'il soit nécessaire de prouver une évasion fiscale (ATF 148 II 189). La reprise vaut même si le capital vient d'une autre institution, par exemple un compte de libre passage, et elle porte au plus sur le montant retiré. Un départ à l'étranger avec retrait en espèces ou un versement anticipé pour le logement comptent comme retraits en capital. Une sortie en rente n'est pas concernée, et le Tribunal fédéral admet une exception pour le versement qui finance une rente-pont AVS.

Le rachat se déduit de l'année au cours de laquelle il est versé : pour une déduction sur les revenus 2026, l'argent doit parvenir à la caisse de pension en 2026. Certaines caisses fixent une date limite antérieure au 31 décembre pour traiter le versement à temps, par exemple le 15 décembre. Il faut aussi demander d'abord le calcul du montant rachetable, que la caisse établit sur demande. En pratique, la démarche doit commencer en octobre ou en novembre.

Oui, mais seulement par une taxation ordinaire ultérieure, à demander au plus tard le 31 mars de l'année suivante. Un résident de Suisse imposé à la source peut toujours la demander (art. 89a LIFD). Un non-résident ne peut la demander que s'il est quasi-résident, c'est-à-dire si au moins 90 % de ses revenus bruts mondiaux, conjoint compris, sont imposables en Suisse (art. 99a LIFD et art. 14 de l'ordonnance sur l'imposition à la source) ; les frontaliers relevant de l'accord entre la Suisse et l'Italie en sont exclus. Un frontalier imposé dans son pays de résidence relève des règles de ce pays : en France, une cour administrative d'appel a refusé en 2025 la déduction d'un rachat LPP au-delà de ce que l'administration avait admis par tolérance.

Une personne qui arrive de l'étranger et n'a jamais été affiliée à une caisse de pension suisse ne peut pas racheter plus de 20 % de son salaire assuré par an pendant les cinq années qui suivent son entrée dans la caisse (art. 60b de l'ordonnance OPP 2). Après ces cinq ans, la caisse doit lui permettre de racheter la totalité de ses lacunes. Avec un salaire assuré de 80 000 CHF, le plafond est donc de 16 000 CHF par an pendant cinq ans. La limite ne s'applique pas au transfert direct d'avoirs depuis un système de prévoyance professionnelle étranger, si la caisse l'admet et si aucune déduction fiscale n'est demandée pour ce transfert.

Les deux ne jouent pas dans la même catégorie. Possible depuis 2026, le rachat dans le 3e pilier A est limité à 7 258 CHF par an et ne comble que les lacunes apparues à partir de 2025, à condition d'avoir versé la cotisation complète de l'année (art. 7a OPP 3). Le rachat LPP peut atteindre des dizaines de milliers de francs, selon le potentiel indiqué par la caisse. Pour un petit montant, le 3a est souvent plus simple ; pour une lacune importante, seule la LPP permet de déduire d'un coup un montant significatif. Les deux sont déductibles et peuvent se cumuler.
Avertissement : ce guide décrit les règles en vigueur au 5 octobre 2026. Les rendements présentés sont des résultats de calcul fondés sur des hypothèses explicites (taux marginal, intérêt crédité, impôt sur le capital), et non des taux constatés ou garantis. Chaque situation dépend du règlement de la caisse de pension, du canton et de la commune de domicile, de l'état civil, du calendrier de retrait et, pour les non-résidents, du droit fiscal du pays de résidence. Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne constituent ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni un conseil en placement, ni une recommandation en matière de change. Faites confirmer votre situation par votre caisse de pension et par l'administration fiscale compétente avant tout rachat.

Méthodologie et sources : les règles du rachat (plafond, blocage de trois ans, versement anticipé pour le logement, divorce) sont citées depuis l'article 79b de la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle (LPP), état au 1er janvier 2025 ; la même loi fournit le taux de conversion minimal (art. 14) et la rémunération réduite en cas de découvert (art. 65d). Le calcul du montant rachetable, la limite de 20 % pour les personnes arrivant de l'étranger et le taux d'intérêt minimal de 1,25 % proviennent de l'ordonnance OPP 2 (art. 12, 60a et 60b, état au 1er août 2026) et du communiqué du Conseil fédéral du 5 novembre 2025. La déductibilité, l'imposition séparée du capital et la taxation ordinaire ultérieure sont tirées de la loi fédérale sur l'impôt fédéral direct (art. 33, 38, 89a et 99a), de la loi sur l'harmonisation des impôts directs (art. 9) et de l'ordonnance du DFF sur l'imposition à la source (art. 9 et 14). La charge fiscale sur les prestations en capital a été simulée le 5 octobre 2026 avec le calculateur fiscal de l'Administration fédérale des contributions ; ce sont des résultats de simulation, pas une statistique publiée. La jurisprudence citée est celle du Tribunal fédéral : arrêt 2C_658/2009 du 12 mars 2010, ATF 148 II 189, arrêt 2C_6/2021 du 12 janvier 2021 et ATF 142 II 399. La liste des retraits assimilés à un versement en capital suit l'aide-mémoire du canton de Schwytz sur les délais de blocage (14 juin 2022). Le projet de 2025 sur l'imposition des retraits en capital est présenté dans la fiche d'information de l'Administration fédérale des finances. La pratique zurichoise est décrite dans le Steuerbuch du canton de Zurich (ZStB 31.3). Les règles genevoises sur la déduction des rachats et le délai de trois ans jour pour jour proviennent de la page de l'administration fiscale genevoise sur la déduction des rachats, et la taxation ordinaire ultérieure de sa page « Quand demander ou annoncer une TOU ? ». La date limite du 15 décembre est celle de la notice de rachat de la caisse Medpension. Le rachat dans le 3e pilier A suit l'article 7a de l'ordonnance OPP 3 et la FAQ de l'Office fédéral des assurances sociales. La recommandation d'un taux minimal de 1,75 % pour 2027 est tirée du communiqué de la Commission fédérale de la prévoyance professionnelle du 31 août 2026. L'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 5 juin 2025, n° 24LY02533, est consultable sur Juricaf.

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