Marches descendantes du revenu de remplacement sur une frise temporelle, avec une marche manquante entre l'indemnité journalière et la rente

Accident, arrêt maladie long et invalidité du frontalier : qui verse, combien, et pendant combien de temps

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Par Brice DELHOME

📌 En bref : deux régimes très différents selon la cause de l'arrêt
  • Accident : une assurance obligatoire, généreuse et immédiate. La LAA verse 80 % du gain assuré dès le 3e jour qui suit l'accident, soigne sans franchise ni quote-part, et couvre aussi les accidents de loisirs survenus en France.
  • Maladie : aucune assurance obligatoire. Seul l'employeur doit le salaire, et pour un temps court — trois semaines la première année de service. Au-delà, tout dépend d'une assurance d'indemnités journalières qu'aucune loi ne l'oblige à souscrire.
  • L'AI ne comble pas ce trou. Il faut une année d'incapacité d'au moins 40 %, et la rente ne peut naître au plus tôt que six mois après le dépôt de la demande. Déposer tard, c'est perdre des mois de rente, définitivement.
  • Le droit d'option LAMal ou assurance française n'y change rien. Il ne porte que sur le remboursement des soins : la perte de gain, l'accident et l'invalidité relèvent tous de la loi suisse.
  • Une rente entière AI vaut au maximum 2 520 francs par mois en 2026 — soit une fraction d'un salaire de frontalier. Le 2e pilier et, le cas échéant, une pension française au prorata viennent compléter, pas remplacer.

Un frontalier qui s'arrête de travailler découvre en quelques jours que son revenu ne dépend ni de sa caisse maladie, ni de la CPAM, ni de son ancienneté en France, mais de trois textes suisses qu'il n'a jamais lus : la loi sur l'assurance-accidents, l'article 324a du code des obligations et la loi sur l'assurance-invalidité. Selon que l'arrêt vient d'un accident ou d'une maladie, le même salarié touche 80 % de son gain assuré jusqu'à sa guérison, ou trois semaines de salaire puis plus rien. Ce guide sépare les cas, chiffre chacun d'eux avec les montants 2026, et indique où et quand déposer les demandes — parce qu'en matière d'invalidité, un dossier déposé trois mois trop tard coûte trois mois de rente.

1. Accident ou maladie : pourquoi tout se joue sur cette première question ?

Parce que la Suisse a rendu l'un obligatoire et laissé l'autre à la liberté contractuelle. Tous les salariés en Suisse sont couverts à titre obligatoire par l'assurance-accidents. En revanche, il n'existe aucune assurance obligatoire de perte de gain en cas de maladie : la loi sur l'assurance-maladie ne prévoit qu'une assurance d'indemnités journalières facultative. Deux arrêts de travail de même durée, chez le même employeur, avec le même salaire, n'ouvrent donc pas les mêmes droits.

La ligne de partage passe par la cause, pas par le lieu

L'assurance-accidents couvre les accidents professionnels, les maladies professionnelles et les accidents non professionnels — ceux des loisirs, du domicile et de la circulation. Il n'y a pas de condition géographique : une chute à ski en Haute-Savoie, un accident de vélo à Annemasse ou une brûlure domestique dans l'Ain relèvent de l'assureur-accidents suisse de votre employeur, au même titre qu'une chute dans l'escalier du bureau à Genève. La seule condition est de travailler au moins huit heures par semaine chez le même employeur ; en dessous de ce seuil, les accidents non professionnels sont pris en charge par l'assurance maladie, et les accidents de trajet sont alors qualifiés d'accidents professionnels.

Le réflexe qui manque le plus souvent : déclarer l'accident non professionnel à son employeur en Suisse. Un frontalier qui se casse la cheville un dimanche chez lui a le réflexe d'appeler son médecin français et de considérer l'affaire comme privée. Elle ne l'est pas : c'est l'employeur qui annonce immédiatement le cas à l'assureur compétent, et c'est cette déclaration qui ouvre la prise en charge à 100 % des soins et le versement des indemnités journalières.

⚠️ Ce que le droit d'option ne couvre pas : le choix entre la LAMal et l'assurance maladie française ne joue aucun rôle ici. Le Cleiss l'écrit noir sur blanc : « L'option ne vaut que pour la couverture maladie. Toutes les autres prestations (au titre des accidents du travail ou des maladies professionnelles, de l'invalidité ainsi que la perte de gains liée à la maladie ou à la maternité) relèvent de la législation applicable en Suisse. » Autrement dit : que vous soyez à la LAMal ou affilié en France, vous ne toucherez pas d'indemnités journalières de la CPAM pour un arrêt de travail suisse. Le choix du régime d'assurance maladie est traité dans notre guide LAMal ou CMU : quelle assurance maladie choisir, et ses conséquences fiscales dans CSG-CRDS et cotisation maladie du frontalier.

Ce que vous payez déjà pour cette couverture

Les primes de l'assurance obligatoire contre les accidents professionnels et les maladies professionnelles sont à la charge de l'employeur. La part afférente aux accidents non professionnels est en principe à la charge du salarié, sauf accord plus favorable — c'est la ligne « AANP » ou « assurance-accidents non professionnels » de votre fiche de paie. Notre guide comprendre sa fiche de salaire suisse détaille chacune de ces retenues.

2. Après un accident, combien touchez-vous et à partir de quand ?

80 % du gain assuré, à partir du troisième jour qui suit celui de l'accident, et jusqu'à ce que la capacité de travail soit entièrement retrouvée ou qu'une rente soit allouée. Pendant le délai de carence, l'employeur maintient la rémunération à hauteur de 80 %. En cas d'incapacité partielle, l'indemnité est réduite proportionnellement.

Le plafond que personne ne regarde avant d'en avoir besoin

Le gain assuré est plafonné. Les montants maximaux en vigueur sont de 148 200 francs par an, soit 12 350 francs par mois ou 406 francs par jour. L'indemnité journalière maximale est donc de 324,80 francs, quel que soit votre salaire réel.

Salaire annuel brutGain assuré retenuIndemnité journalièreSur 30 jours
72 000 CHF (6 000 CHF/mois)72 000 CHF157,80 CHF4 734 CHF
96 000 CHF (8 000 CHF/mois)96 000 CHF210,40 CHF6 312 CHF
168 000 CHF (14 000 CHF/mois)148 200 CHF (plafonné)324,80 CHF9 744 CHF

Sur la dernière ligne, l'écart est net : 80 % du salaire réel représenterait 11 047 francs sur 30 jours. Le plafonnement en retire 1 303 francs sur 30 jours. Un cadre de la finance genevoise ou de l'horlogerie vaudoise au-dessus de 148 200 francs de salaire annuel a donc une lacune structurelle, que seule une couverture complémentaire permet de combler — assurance LAA complémentaire, prestations surobligatoires de la caisse de pension ou complément contractuel de l'employeur. Une ligne à vérifier dans son contrat de travail avant d'en avoir besoin.

Les soins, eux, sont couverts intégralement

C'est la différence la plus visible avec la LAMal : l'assurance-accidents prend en charge le traitement médical, les médicaments, l'hospitalisation, les moyens auxiliaires et les transports sans franchise ni quote-part. Pour un frontalier habitué à une franchise LAMal de 300 à 2 500 francs, la différence sur une hospitalisation se compte en milliers de francs. Les frais de voyage, de transport et de sauvetage engagés à l'étranger sont pris en charge jusqu'à 20 % du gain annuel maximum, soit 29 640 francs.

Si l'incapacité devient définitive : la rente LAA

Une rente d'invalidité de l'assurance-accidents est accordée dès 10 % d'incapacité de gain permanente — un seuil bien plus bas que les 40 % de l'AI. Pour une invalidité totale, elle s'élève à 80 % du gain assuré, réduite proportionnellement en cas d'invalidité partielle, soit au maximum 118 560 francs par an. Lorsque l'assuré a aussi droit à une rente AVS ou AI, la LAA verse une rente complémentaire égale à la différence entre 90 % du gain assuré et la rente du 1er pilier : les deux prestations ne se cumulent donc pas librement, elles se plafonnent à 90 % ensemble. S'y ajoute, le cas échéant, une indemnité pour atteinte à l'intégrité, versée en capital selon la gravité du dommage.

💡 Le piège de la fin de contrat : l'assurance contre les accidents non professionnels s'arrête 31 jours après le jour où prend fin le droit à au moins la moitié du salaire. Un frontalier licencié qui se blesse au 40e jour n'est plus couvert par la LAA. L'assurance par convention permet de prolonger la couverture de six mois au maximum, mais le contrat doit être conclu et la prime payée avant l'expiration des 31 jours. À la Suva, elle coûte 65 francs par mois, soit environ 390 francs pour six mois. Voir aussi notre guide sur le licenciement d'un frontalier en Suisse.

3. En cas de maladie, combien de temps votre employeur doit-il vous payer ?

Trois semaines la première année de service, puis une durée croissante fixée par une échelle jurisprudentielle. C'est tout ce que la loi garantit. L'article 324a du code des obligations impose le maintien du salaire pour un temps limité, à condition que les rapports de travail aient duré plus de trois mois ou aient été conclus pour plus de trois mois.

Quelle échelle s'applique à vous ?

Trois barèmes coexistent en Suisse. L'échelle bâloise s'applique à Bâle-Ville et Bâle-Campagne, l'échelle zurichoise à Zurich, Schaffhouse, Thurgovie, les Grisons et Zoug, et l'échelle bernoise à tous les autres cantons — donc à Genève, à Vaud, au Valais, à Fribourg et à Neuchâtel, qui concentrent l'essentiel des frontaliers de l'Arc lémanique.

Année de serviceDurée du maintien du salaire (échelle bernoise)
1re année3 semaines
2e année1 mois
3e et 4e année2 mois
5e à 9e année3 mois
10e à 14e année4 mois
15e à 19e année5 mois
20e à 24e année6 mois
25e année et au-delàLa durée continue d'augmenter par paliers

Deux précisions comptent en pratique. La durée se calcule par année de service, et non par année civile : l'année de service commence à la date d'entrée en fonction. Et le droit s'épuise pour l'ensemble des absences de l'année de service, pas pour chaque absence prise isolément — trois arrêts d'une semaine en première année consomment déjà tout le crédit.

L'assurance d'indemnités journalières maladie : la ligne à vérifier ce soir

Beaucoup d'employeurs suisses souscrivent une assurance d'indemnités journalières maladie, qui se substitue à l'obligation légale et verse en général 80 % du salaire pendant 720 jours sur une période de 900, après un délai d'attente contractuel. Elle est courante, souvent imposée par une convention collective — mais elle n'est pas obligatoire. Son existence, son taux, son délai d'attente et la répartition des primes figurent dans le contrat de travail, le règlement du personnel ou la convention collective applicable.

⚠️ Le scénario qu'il faut avoir en tête : un frontalier dans sa deuxième année de service, sans assurance d'indemnités journalières, tombe malade pour une affection longue. Son employeur lui doit un mois de salaire. Au 31e jour, son revenu suisse tombe à zéro. L'AI, elle, exige une année d'incapacité avant d'examiner un droit à la rente. Entre les deux, il peut y avoir onze mois sans aucun revenu de remplacement, et souvent davantage.

4. Quand l'AI prend-elle le relais, et pourquoi faut-il déposer tout de suite ?

Parce que le droit à la rente ne peut naître au plus tôt qu'à l'échéance d'une période de six mois à partir du dépôt de la demande. Ce délai court depuis le dépôt, pas depuis le début de l'arrêt : déposer au onzième mois d'incapacité, c'est se garantir que rien ne sera versé avant le dix-septième. Chaque mois de retard est un mois de rente définitivement perdu.

La détection précoce, dès trente jours d'arrêt

Le système suisse privilégie la réadaptation sur la rente. Il existe pour cela un dispositif de détection précoce, déclenchable dès un arrêt de travail de plus de trente jours. La demande peut être déposée par l'assuré lui-même, un membre de sa famille, l'employeur, le médecin traitant, l'assureur d'indemnités journalières ou l'assureur-accidents. Suit une phase d'intervention précoce de douze mois au maximum, destinée à adapter le poste, reclasser le salarié ou financer une formation. Cette phase n'ouvre pas droit aux indemnités journalières de l'AI.

Où déposer la demande quand on est frontalier ?

Sur ce point, les informations couramment diffusées divergent souvent de la règle applicable. La règle générale pour un assuré résidant dans un État de l'UE ou de l'AELE est de s'adresser à l'organisme du dernier pays où il a cotisé, qui transmet à l'Office AI pour les assurés résidant à l'étranger (OAIE). Mais les frontaliers au bénéfice d'un livret G ou L font exception : leur demande se dépose directement auprès de l'office AI du canton dans lequel ils exercent ou ont exercé en dernier lieu leur activité professionnelle. Pour un frontalier employé à Genève, c'est l'Office de l'assurance-invalidité du canton de Genève, pas une caisse française et pas l'OAIE.

Les trois conditions d'une rente

  • Trois années entières de cotisations au moins avant la survenance de l'invalidité. Les périodes d'assurance accomplies en France comptent pour atteindre ce seuil, au titre de la totalisation prévue par la coordination européenne.
  • Une incapacité de travail d'au moins 40 % en moyenne, sans interruption notable, pendant toute une année, et une incapacité de gain d'au moins 40 % qui perdure au terme de cette année.
  • Aucune mesure de réadaptation raisonnablement exigible ne permet de rétablir, maintenir ou améliorer la capacité de gain.

Pendant les mesures de réadaptation, l'AI verse des indemnités journalières égales à 80 % du revenu antérieur lorsque ces mesures empêchent de travailler au moins trois jours consécutifs, avec une prestation pour enfant de 9 francs par jour et par enfant. Le total est plafonné à 407 francs par jour — un plafond propre aux indemnités journalières de l'AI, distinct du gain journalier assuré de la LAA.

💡 Une prestation à laquelle un frontalier n'a pas droit : l'allocation pour impotent de l'AI est soumise à une condition de résidence en Suisse. Un frontalier résidant en Haute-Savoie ou dans l'Ain, même reconnu invalide par l'AI et titulaire d'une rente suisse, n'y a pas accès. C'est une différence de traitement rarement anticipée au moment de calculer ses ressources futures.

5. Combien vaut réellement une rente d'invalidité suisse ?

Pour une durée de cotisations complète, une rente AI entière est comprise entre 1 260 et 2 520 francs par mois en fonction du revenu annuel moyen. Le calcul est identique à celui de la rente de vieillesse AVS et s'appuie sur la même échelle de rentes 44. Une rente pour enfant égale à 40 % de la rente principale s'ajoute pour chaque enfant jusqu'à 18 ans, ou jusqu'à 25 ans en cas de formation.

Le système linéaire, depuis 2022

Les paliers par quarts de rente ont disparu. Le taux d'invalidité détermine désormais une part continue de la rente entière :

Taux d'invaliditéPart de la rente entièreRente maximale correspondante
Moins de 40 %Aucun droit0 CHF
40 %25 %630 CHF/mois
45 %37,5 %945 CHF/mois
49 %47,5 %1 197 CHF/mois
50 % à 69 %Égale au taux d'invaliditéDe 1 260 à 1 739 CHF/mois
70 % et plus100 % (rente entière)2 520 CHF/mois

Entre 40 et 49 %, chaque point d'invalidité supplémentaire ajoute 2,5 points à cette part. Le taux d'invalidité lui-même n'est pas une mesure médicale : c'est une comparaison de revenus. L'office AI compare le revenu que vous obtiendriez sans atteinte à la santé et celui que vous pouvez raisonnablement obtenir malgré elle, après les mesures de réadaptation exigibles. Un revenu sans invalidité de 60 000 francs et un revenu d'invalide de 20 000 francs donnent une perte de gain de 40 000 francs, soit un taux de 67 %.

La lacune spécifique du frontalier arrivé tard en Suisse

La rente entière suppose une durée de cotisations complète, c'est-à-dire sans lacune depuis l'année des 21 ans. Une année de cotisation manquante réduit la rente d'au moins un quarante-quatrième. Or un frontalier passé en Suisse à 35 ans accumule quatorze années de lacune au sens de l'AVS/AI : celles qui vont de l'année de ses 21 ans à celle de ses 34 ans. Les périodes françaises ouvrent le droit — elles comptent pour atteindre les trois années exigées — mais elles n'augmentent pas le montant suisse, qui reste calculé sur les seules cotisations suisses. Quatorze années manquantes retirent donc au moins quatorze quarante-quatrièmes de la rente, soit près d'un tiers, et la perte est d'autant plus lourde que l'invalidité survient tôt : la durée de cotisation attendue est alors plus courte, et chaque année de lacune y pèse davantage.

Mis en regard d'un salaire de frontalier, le contraste est brutal : pour quelqu'un qui gagnait 8 000 francs par mois, une rente AI entière au plafond représente moins d'un tiers du revenu d'avant. C'est précisément pour cela que le 2e pilier et la prévoyance individuelle représentent, au-delà de l'AI, l'essentiel du revenu de remplacement.

6. Le 2e pilier verse-t-il aussi une rente d'invalidité ?

Oui, et c'est souvent la part la plus importante du revenu de remplacement. Ont droit aux prestations d'invalidité de la prévoyance professionnelle les personnes invalides à raison de 40 % au moins au sens de l'AI et qui étaient assurées lorsqu'est survenue l'incapacité de travail dont la cause est à l'origine de l'invalidité.

La rente d'invalidité LPP se calcule sur l'avoir de vieillesse projeté jusqu'à l'âge de référence, comme si vous aviez continué à cotiser jusqu'à la retraite. Une rente pour enfant d'invalide s'y ajoute, de même montant et de même durée que la rente d'orphelin. La plupart des caisses libèrent par ailleurs l'assuré du paiement des cotisations pendant la durée de l'invalidité. Le détail du mécanisme, les conditions du règlement de caisse et le cas du concubin sont traités dans notre guide sur la prévoyance professionnelle (LPP, 2e pilier).

⚠️ Le trou de couverture après un départ : la condition est d'être assuré au moment de la survenance de l'incapacité de travail. Un frontalier qui a quitté son employeur suisse et dont l'avoir dort sur un compte de libre passage n'est plus assuré contre l'invalidité par une institution de prévoyance : le capital est conservé, la couverture du risque ne l'est pas. C'est une différence que la plupart des titulaires d'un compte de libre passage ignorent.

7. Que reste-t-il à la France dans tout cela ?

Les soins, et éventuellement une pension d'invalidité au prorata. Rien d'autre.

Les soins reçus en France

Si vous êtes resté à la LAMal, vous êtes inscrit auprès de la caisse primaire d'assurance maladie de votre lieu de résidence au moyen du document portable S1. Le remboursement des soins reçus en France est alors effectué par la CPAM pour le compte du régime suisse, sur la base des tarifs de la sécurité sociale française. Si vous avez opté pour l'assurance maladie française, vos soins en France relèvent du régime français et vos soins en Suisse passent par la carte européenne d'assurance maladie.

Une pension d'invalidité française est-elle possible ?

Oui, si vous avez aussi cotisé en France. Ni la France ni la Suisse ne figurent à l'annexe VI du règlement (CE) n° 883/2004 : leurs législations d'invalidité sont toutes deux de type B, celles dont le montant dépend de la durée des périodes d'assurance. Dans ce cas, les droits sont examinés et liquidés par chacun des régimes dont l'intéressé a relevé, selon les mêmes modalités que pour les pensions de vieillesse : totalisation des périodes pour ouvrir le droit, puis calcul au prorata des périodes effectivement accomplies sous chaque législation.

Concrètement, un frontalier ayant travaillé douze ans en France puis quinze ans en Suisse peut percevoir deux prestations distinctes : une rente AI suisse calculée sur ses seules périodes suisses, et une pension d'invalidité française calculée au prorata de ses périodes françaises. L'instruction se fait par l'institution du lieu de résidence ou celle du dernier État d'emploi, qui joue le rôle d'organisme de liaison. Ce n'est pas automatique : il faut que la demande soit formée, et le dossier français ne se déclenche pas tout seul parce qu'un office AI suisse a rendu une décision.

La fiscalité de ces rentes

Les pensions versées au titre d'emplois salariés privés ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire, selon l'article 20 de la convention fiscale franco-suisse. Une rente AI, une rente LPP ou une rente de l'assurance-accidents servie à un résident de France se déclare donc en France, sur le formulaire 2047 puis en cases 1AM ou 1BM de la déclaration 2042. Un crédit d'impôt n'est ouvert que si la Suisse a effectivement imposé la pension — ce qui n'est pas le cas des prestations du 1er pilier. Le régime des anciens agents publics suisses de nationalité suisse est distinct et relève de l'article 21 de la convention. Notre guide de la fiscalité du frontalier reprend l'ensemble des cases concernées.

8. Pourquoi une rente suisse versée en France perd-elle de la valeur ?

Parce que la conversion ne vous appartient plus. La règle appliquée par la Caisse suisse de compensation est explicite : le montant de la prestation est débité en francs suisses sur le compte de la CSC et le bénéficiaire reçoit la contre-valeur dans la devise de son pays. Seuls les versements sur un compte bancaire ou postal en Suisse sont effectués en francs.

Une rente AI versée sur un compte français arrive donc en euros, à un taux et à une date que le bénéficiaire ne choisit pas. La caisse avertit d'ailleurs qu'un compte qui n'est pas tenu dans la monnaie locale peut déclencher une seconde conversion facturée par la banque réceptrice, voire un refus de conversion et un retour du paiement.

Le calcul mérite d'être posé, parce qu'une rente d'invalidité se compte en décennies et non en mois. Sur une rente de 2 000 francs par mois, en retenant un écart d'un point et demi entre le taux interbancaire et le taux appliqué — écart courant pour une conversion bancaire —, la conversion coûte environ 30 francs par mois, soit 360 francs par an et près de 7 200 francs sur vingt ans, à montant de rente et écart de change constants. Le même arbitrage se pose pendant la période d'indemnités journalières, où les montants mensuels sont bien plus élevés.

Recevoir la rente en francs sur un IBAN suisse permet en revanche de convertir au moment choisi. ibani est un intermédiaire financier genevois, pas une banque, spécialisé dans les transferts entre la Suisse et la zone euro, avec un IBAN suisse nominatif : la rente ou l'indemnité arrive en francs, la conversion se fait au moment décidé, et le virement part vers le compte en euros qui paie les charges du foyer. Le principe est le même que pour le salaire, détaillé dans notre guide rapatrier son salaire de Suisse ; le cours du jour se suit sur notre convertisseur CHF-EUR et notre page service pour frontaliers détaille le fonctionnement.

9. Questions fréquentes

L'employeur suisse, pour un temps limité. L'article 324a du code des obligations l'oblige à verser le salaire pendant trois semaines la première année de service, puis plus longtemps selon l'échelle applicable dans son canton. À Genève, dans le canton de Vaud et dans la plupart des cantons romands, c'est l'échelle bernoise qui s'applique : un mois la deuxième année, deux mois de la troisième à la quatrième, trois mois de la cinquième à la neuvième. Aucune loi n'oblige l'employeur à souscrire une assurance d'indemnités journalières maladie. Quand il en a une, elle verse en général 80 % du salaire pendant 720 jours sur une période de 900. Quand il n'en a pas, le revenu s'arrête à la fin du délai de l'article 324a.

L'assurance-accidents obligatoire verse une indemnité journalière égale à 80 % du gain assuré, à partir du troisième jour qui suit celui de l'accident. Pendant ce délai de carence, l'employeur maintient la rémunération à hauteur de 80 %. Le gain assuré est plafonné à 148 200 francs par an, soit 12 350 francs par mois ou 406 francs par jour : l'indemnité journalière maximale est donc de 324,80 francs. Les frais de traitement sont pris en charge intégralement, sans franchise ni quote-part, contrairement à la LAMal.

Non. L'option ne porte que sur le remboursement des soins. Le Cleiss est explicite : l'option ne vaut que pour la couverture maladie, c'est-à-dire le remboursement des soins. Toutes les autres prestations, au titre des accidents du travail ou des maladies professionnelles, de l'invalidité ainsi que la perte de gain liée à la maladie ou à la maternité, relèvent de la législation applicable en Suisse. Un frontalier affilié à l'assurance maladie française ne recevra donc pas d'indemnités journalières de sa caisse primaire au titre d'un arrêt de travail suisse.

Oui. La loi sur l'assurance-accidents couvre les accidents non professionnels, c'est-à-dire ceux des loisirs, du domicile et de la circulation, sans condition de lieu : un accident de ski en Haute-Savoie ou une chute dans un escalier du Pays de Gex relève de l'assureur-accidents suisse de l'employeur. La condition est de travailler au moins huit heures par semaine chez le même employeur. En dessous de ce seuil, les accidents non professionnels sont pris en charge par l'assurance maladie, et les accidents de trajet sont alors qualifiés d'accidents professionnels. Le frontalier doit déclarer l'accident à son employeur en Suisse.

Le plus tôt possible, car le droit à la rente ne peut naître au plus tôt qu'à l'échéance d'une période de six mois à partir du dépôt de la demande. Chaque mois de retard est un mois de rente perdu. La détection précoce peut être déclenchée dès un arrêt de travail de plus de trente jours. Pour un frontalier au bénéfice d'un livret G ou L, la demande se dépose auprès de l'office AI du canton dans lequel l'activité professionnelle est ou a été exercée en dernier lieu, et non auprès de l'organisme du pays de résidence ni directement auprès de l'Office AI pour les assurés résidant à l'étranger.

Pour une durée de cotisations complète, une rente AI entière est comprise entre 1 260 et 2 520 francs par mois selon le revenu annuel moyen. Depuis 2022, le système est linéaire : un taux d'invalidité de 40 % donne droit à 25 % d'une rente entière, chaque point supplémentaire ajoute 2,5 points jusqu'à 49 %, un taux de 50 à 69 % donne une part égale au taux lui-même, et un taux d'au moins 70 % ouvre le droit à la rente entière. En dessous de 40 %, il n'y a pas de rente. Une rente pour enfant de 40 % de la rente principale s'y ajoute par enfant. Une année de cotisation manquante réduit la rente d'au moins un quarante-quatrième.

L'assurance contre les accidents non professionnels cesse 31 jours après le jour où prend fin le droit à au moins la moitié du salaire. Au-delà, il n'y a plus de couverture LAA. Une assurance par convention permet de la prolonger de six mois au maximum, à condition de conclure le contrat et de payer la prime avant l'expiration de ces 31 jours ; à la Suva, elle coûte 65 francs par mois. Passé ce délai, l'extension n'est plus possible et les accidents relèvent de l'assurance maladie.

Les pensions versées au titre d'emplois salariés privés ne sont imposables que dans l'État de résidence du bénéficiaire, selon l'article 20 de la convention fiscale franco-suisse. Une rente AI, une rente du 2e pilier ou une rente de l'assurance-accidents servie à un résident de France se déclare donc en France, sur le formulaire 2047 puis en cases 1AM ou 1BM de la 2042. Un crédit d'impôt n'est ouvert que si la Suisse a effectivement imposé la pension, ce qui n'est pas le cas des prestations du 1er pilier. Le régime des anciens agents publics suisses de nationalité suisse est différent et relève de l'article 21.
Avertissement : ce guide décrit le droit et les montants en vigueur au 21 septembre 2026. Les plafonds, barèmes et quotités sont revalorisés périodiquement, et chaque situation dépend du contrat de travail, de la convention collective applicable, du canton d'emploi et du parcours d'assurance réel de la personne concernée. Ces informations sont fournies à titre indicatif et ne constituent ni un conseil juridique, ni un conseil en assurance, ni un conseil fiscal, ni une recommandation en matière de change. Faites confirmer votre situation par votre employeur, votre assureur-accidents, l'office AI de votre canton d'emploi, votre institution de prévoyance et votre caisse d'assurance maladie avant toute démarche.

Méthodologie et sources : le champ d'application de l'assurance-accidents, le seuil de huit heures hebdomadaires pour les accidents non professionnels, la répartition des primes, le versement de l'indemnité journalière dès le 3e jour, le maintien de la rémunération à 80 % pendant le délai de carence, la rente d'invalidité dès 10 % et la rente complémentaire plafonnée à 90 % du gain assuré proviennent de la note du Cleiss sur le régime suisse de sécurité sociale des salariés, complétée par la page Suva, prestations en espèces. Les montants maximaux du gain assuré (148 200 francs par an, 12 350 par mois, 406 par jour), les frais de voyage et de sauvetage à l'étranger et les taux de rentes de survivants sont relevés sur l'aide-mémoire des montants maxima LAA établi d'après l'annexe 3 de l'ordonnance sur l'assurance-accidents. La fin de la couverture 31 jours après la fin du droit au demi-salaire, la durée de six mois de l'assurance par convention et son tarif sont documentés par la Suva. Le régime de l'article 324a du code des obligations et le détail de l'échelle bernoise, ainsi que la répartition des trois échelles entre cantons, sont repris de la fiche Karpeo sur l'échelle de Berne. Les conditions du droit à la rente AI, le tableau des quotités du système linéaire, le délai de six mois à compter du dépôt de la demande, la rente pour enfant de 40 % et les montants de 1 260 à 2 520 francs sont tirés du mémento officiel 4.04 Rentes d'invalidité de l'AI publié par le Centre d'information AVS/AI. La détection précoce dès trente jours d'arrêt, les indemnités journalières de réadaptation et la condition de résidence en Suisse de l'allocation pour impotent proviennent de la même note du Cleiss. L'office compétent pour un frontalier titulaire d'un livret G ou L est celui indiqué par la Centrale de compensation. La portée du droit d'option est citée mot pour mot depuis la page Cleiss, vous travaillez en Suisse et vous résidez en France. La coordination des prestations d'invalidité, la distinction entre législations de type A et de type B et le calcul au prorata suivent la fiche Cleiss sur les prestations d'invalidité du règlement (CE) n° 883/2004. Le traitement fiscal des pensions de source suisse est celui publié par impots.gouv.fr et par le Bulletin officiel des finances publiques, BOI-INT-CVB-CHE-10-20-60. Les règles de devise de paiement des rentes du 1er pilier sont citées depuis la page acheminement des paiements de la Caisse suisse de compensation. L'écart d'un point et demi retenu au chapitre 8 est une hypothèse de travail et non un taux constaté : il sert à donner un ordre de grandeur, la marge réellement appliquée dépendant de chaque établissement.

Une indemnité en francs, des charges en euros ?

Notre équipe basée à Genève accompagne les frontaliers qui perçoivent des revenus en francs suisses et doivent régler leurs charges en euros. Un intermédiaire financier audité pour son activité, affilié à SO-FIT (OAR).

Nous sommes à votre disposition par email ou par téléphone du lundi au vendredi.

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